PREMIÈRES LUMIÈRES SUR LES MISSIONS
bilation, et elle fit cette réponse, qui est plutôt un chant d'actions de grâces: a Vive Jésus, ma chère fille! votre lettre a frappé la partie sensible de mon cœur : je me suis sentie exaucée. Oui, voilà ce que je demandais pour vous depuis que le Seigneur vous a confiée à mes soins ! J'insistais avec ardeur auprès de lui, persuadée qu'il voulait de vous ce dévouement et cet entier sacrifice. »
Alors, laissant déborder dans un long épanchement l'ambition de toute sa vie, elle lui racontait confidentiellement son ancien désir d'aller évangéliser les nations infidèles, les vœux qu'elle adressait dans cette intention à. saint François Xavier, ses regrets lorsque des ordres supérieurs l'avaient enchaînée à la France, sa prière constante pour que Dieu suscitât dans la Société un cœur embrasé du môme zèle, sa joie enfin d'en voir la flamme éclater aujourd'hui dans Mme Duchesne.
« Q\ • :e serais heureuse, disait-elle, si le Seigneur, ayant tant lisons de dédaigner mes services, voulait agréer les vôtris'. Ah! à mon tour, prosternée à vos pieds, je vous supplierais de me recevoir pour votre petite servante... Mais maintenant c'est vous qu'il me semble voir, ma chère fille, aux pieds de Jésus-Christ et de votre indigne mère, lui demander s'il vous appelle à ce bonheur. Vopc attendez le oui que vous avez cherché et qui paraît si long à vos désirs. Ah ! permettez que je ne le prononce pas encore ; mais je vous dirai : Espérez, nourrissez ce désir, travaillez à vous rendre digne de cette faveur ; de plus en plus fidèle à Jésus, ne mettez plus de bornes à ses miséricordes. J'attends le moment du retour pour vous entretenir de ce grand objet, le plus chéri de mon âme1. »
1 Amiens, 3 février 1806.
Mmo Duchesne crut toucher à cet objet de ses vœux : « Quoi! répondit -elle dans son ardente reconnaissance, quoi 1 il m'est donc permis de me livrer à la plus douce des espérances! Mes vœux s'accompliront un jour! dès maintenant je puis tendre par mes désirs et mes prières vers des contrées où je pourrai enfin rendre quelque service à Notre -Seigneur, et n'être riche que de Lui! Quel aiguillon puissant pour m'exciter à me réformer que la crainte de me rendre indigne de ma haute destinée ! Avec quel respect mêlé d'attendrissement entendrai-je ces paroles de la bouche de ma tendre mère : Je vous envoie... parmi les loups ! Oh ! si vous pouviez ajouter : comme un ag?ieau! Avec quel transport prendrais-je sa vénérable main et la porterais -je sur ma tête, pour être bénie de cette sorte : Ab illo benedicaris in cujus honore cremaberis! .le suis souvent en esprit au moment de la décision, et plus souvent encore dans les lieux cù elle me permettrait d'aller... Qu'il me tarde de savoir ce que vous avez à me dire! Je me précipite à genoux en esprit pourt l'entendre1. »
La mère Barat envoya la bénédictoin sous la formule demandée : Sois bénie par Celui en l'honneur duquel tu vas être consumée. C'est la formule liturgique employée pour la bénédiction de l'encens. « L'amour, a écrit Bossuet, l'amour est un pur encens qui n'a pas plus tôt touché au feu, qui est Dieu, qu'il s'exhale tout entier vers le ciel comme une pure et douce vapeur2. »
La même lettre exhortait Mm0 Duchesne à se préparer à sa grande mission par la prière. Celle-ci prit aussitôt acte
i Grenoble, 1806. — Autographe sans date.
2 Lettre lxxv à la sœur Cornuau. — Meaux, 17 mai 1G94.