MADAME SUZANNE GEOFFROY
suivions une règle très pénitente, très en Dieu. Ce fut le commencement de la Société de Picpus. »
Les prêtres mis en sûreté, les anciennes religieuses ralliées et soutenues, les enfants catéchisés, la jeunesse préservée, les pauvres nourris et vêtus, les mourants administrés, Notre-Seigneur adoré dans le saint Sacrement, le jour et la nuit, au plus fort de la Teireur : telles furent quelques-unes des œuvres qui sortirent de ce cénacle, sous l'initiative ardente, audacieuse, parfois saintement téméraire de Mmo Geoffroy.
Mais ces bonheurs eux-mêmes n'allaient-ils pas l'égarer, en lui faisant prendre pour le terme de sa vocation ce qui n'en devait être que l'acheminement ? Un jour, Jésus- Christ lui-même lui avait révélé qu'il y saurait pourvoir, en semant sur ses pas les épines après les fleurs. Deux œuvres importantes, celle de la Providence et de la Grand'- Maison, avaient été fondées au sortir des mauvais jours par Mmo Geoffroy. Elle s'en vit éconduite par ceux-là mêmes qui voulaient faire le bien ainsi qu'elle, mais le faire autrement qu'elle : « Ah 1 mes filles, disait-elle en rappelant ces jours amers, la persécution qui nous vient des saints est la plus cruelle de toutes. On ne peut bien le savoir que quand on y a passé. « Méconnue, torturée au dedans et au dehors, uniquement soutenue par M. Soyer et M. de Beauregard, Suzanne, de guerre lasse, était allée demander le voile aux religieuses de Chavagnes, en Vendée. Mais ce ne devait être là qu'une de ces étapes successives que M. l'abbé Drouault lui avait annoncées quand il lui avait dit : « Ma fille, vous sortirez de deux ou trois maisons avant d'entrer dans la Société du Cœur de Jésus. Cette Société n'existe pas encore, mais dès qu'elle paraîtra, allez vous joindre à elle : c'est là que Dieu vous veut. »
A ces voix du dehors , ce Cœur divin joignait intérieurement la sienne : la grande voix de l'amour. La principale dévotion de Mme Geottroy était celle du sacré Cœur, bon premier acte, au début de la persécution révolutionnaire, avait été d'organiser une neuvaine au sacré Cœur pour placer ia vil Te de Poitiers sous sa protection. « Je mis, dit-elle, tout en train, le troupeau et les pasteurs. » Lie patronage sous lequel elle avait placé sa petite communauté, c'était celui du sacré Cœur. Les images qu'elle distribuait, comme adieu et comme sauvegarde aux émigrants français qui passaient en Espagne, c'étaient des représentations du divin Cœur de Jésus. « L'idée du sacré Cœur m'occupait continuellement, » racontait-elle ellemême.
Aussi à peine eut- elle connu le nom et l'esprit de l'Institut nouveau qui lui était consacré, que, sur la recommandation de M. l'abbé Soyer, elle demanda une place à la mère Barat. Après une prudente attente , la supérieure l'admit, a C'est la fin de mon histoire, disait Mme Geoffroy aux novices ses sœurs; j'obéis, je partis, on me reçut, et me voici ! . . . »
Son entrée au noviciat eut lieu le 15 octobre 1807, fête de sainte Thérèse. L'ancienne fondatrice et supérieure de trois maisons fut employée à faire la petite classe des pauvres : elle s'y plongea avec joie dans l'humilité, le travail, l'obéissance ; et quelque temps après, 24 juin 1808, elle prononça ses vœux, en la fête du Cœur divin qu'elle avait tant servi ' .
Ce ne fut pas sans peine que Mme Barat, assistée d'un vicaire général de Poitiers, M. l'abbé de Moissac, parvint
i Vie de MmQ Geoffroy, in- 12. Poitiers, 1854.