‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 92 sur 236 · FONDATION A NIORT · texte numérisé non relu

FONDATION A NIORT

à trouver dans Niort une maison convenable à l'établissement qu'elle voulait confier à cette digne mère. Au détour d'une rue, et au fond d'une impasse, appelée l'impasse Saint- Jean, trois anciennes carmélites avaient reçu asile sous le toit hospitalier de Mlles de Liniers. L'isolement et le silence de cet endroit détourné, la lourde construction et la vétusté des appartements éclairés d'un faible jour, l'étroite dimension du jardin encaissé entre de hautes murailles vieilles et noires qui ne laissaient voir que le ciel, tout se réunissait pour donner à cette demeure l'aspect de sévérité et d'humilité claustrale qu'elle conserve encore. Les carmélites ayant volontairement cédé la place au Sacré-Cœur, on s'occupa aussitôt de disposer les lieux.

Durant ces préparatifs, arrivèrent deux postulantes. L'une, nommée Marie, était l'ancienne servante de Mm0 Geoffroy : elle venait lui demander de la servir encore. L'autre, appelée Monique Lion, était une orpheline d'une quinzaine d'années que Mme Geoffroy avait adoptée dès l'enfance : elle venait la prier d'être toujours sa mère. La colonie, ainsi complétée, s'installa dans l'impasse Saint- Jean, le 29 juin 1808, en la fête des apôtres saint Pierre et saint Paul. Dès le matin, une petite cloche suspendue à la muraille donna le signal des exercices : Mme Barat déclara que la fondation était commencée. M. l'abbé de Moissac dit la messe dans une chambre convertie en chapelle. Il y laissa Notre -Seigneur en un pauvre tabernacle revêtu de papier, et placé sur une simple table, entre deux chandeliers en bois et quelques fleurs. C'est de ce pauvre trône que le Roi des rois allait exercer, sur cette nouvelle famille, un empire sans bornes : Le passereau -, dit le Psalmiste, a trouvé une maison, et la tourterelle un

nid pour y mettre ses petits : nous avons vos autels, ô mon Dieu , 6 mon Maître , ô Roi des vertus !

Les souvenirs du temps rapportent que ce matin -là Mm0 Geoffroy, à son lever, vit une colombe blanche s'abattre dans le jardin. Elle y resta toute la journée, se laissant prendre par les sœurs, et répondant à leurs caresses par ses roucoulements; le soir elle s'en alla, et on ce la revit plus1.

Deux jours après, Mme Barat dit adieu à ses filles. Ce fut un grand déchirement ; on ne pouvait se séparer, on pleurait en silence. « Allons à la chapelle, » dit la mère générale. Elle se leva la première, on la suivit; les cœurs se raffermirent un peu aux pieds de Jésus-Christ, et l'on put se quitter.

La petite communauté avait commencé son œuvre par l'ouverture d'une école gratuite pour les pauvres. Mais il devenait nécessaire d'élever un pensionnat. Dans ce but, Mme Barat songea à appeler de Grenoble Mme Emilie Giraud, sa novice d'autrefois. L'enlever à Sainte-Marie, la patrie de son âme, surtout la séparer de Mme Duchesne, c'était arracher l'enfant au sein de sa mère. Mme Barat comprit que le seul moyen de la sevrer de cette douceur était de lui présenter l'appât de l'amour de Dieu. Voici donc en quels termes elle lui écrivit : « Oui, ma chère Emilie, les liens formés dans le Seigneur sont bien audessus des liens de la nature. C'est une grande grâce, ma fille, que Dieu vous fait aujourd'hui, de vous séparer de vos sœurs pour n'être plus qu'à Lui. Dieu seul ! Dieu seul ! Ah ! que nous connaissons peu l'étendue de ce mot. Vous allez le méditer pendant votre route... Adieu! »

i Journal de la. fondation de Niort. — lt., Mme Duchesne dans le Journal de Grenoble.

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