TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XI
nous fûmes privées du saint Sacrement jusqu’au jour de la Fête-Dieu, où monseigneur notre évêque eut la bonté de nous le rendre, parce que la visite de notre monastère ayant été faite, on jugea que les religieuses y pouvaient demeurer en sûreté et sans crainte des Iroquois, mais néanmoins on ne laissa pas d'y faire la garde jusqu’à ce que l'on eût reçu des nouvelles des habitations supérieures !,
«a Le huitième du même mois, on vint nous dire que l’armée était proche et qu’on l'avait vue. En moins d’une demi-heure, chacun fut rangé à son poste et en état de se défendre. Toutes nos portes furent de nouveau barricadées, et je munis tous nos soldats de ce qui leur était nécessaire. En ces moments, un de nos gens arriva de la pêche, et nous assura avoir vu un canot où il y avait huit hommes debout, et que ce canot était du Saut-de-la-Chaudière, qui est une retraite des [roquois. Cela fit croire que l'alarme était vraie, mais heureusement elle se trouva fausse. Les Français étaient si encouragés qu'ils souhaitaient que l'affaire fût véritable ; car monsieur le gouverneur avait mis si bon ordre à toutes choses, et surtout à son fort, qu'il l'avait rendu comme imprenable, et chacun, à son exemple, avait quitté toute frayeur. Je dis pour les hommes, car les femmes étaient tout à fait effrayées. Pour moi, je vous avoue que je n’ai eu aucune crainte, ni dans l’esprit ni à l'extérieur. Je n’ai pourtant guère dormi durant toutes ces alarmes. Mon oreille faisait le guet toute la nuit, afin de n’être pas surprise, et
1 Lettres historiques. Lettre LVII, p. 545, 546.
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d'être toujours en état de fournir à nos soldats les choses dont ils auraient eu besoin en cas d'attaque. »
Que se passait-il cependant sur les bords du grand fleuve qui était la route la plus directe par laquelle devait arriver l’armée tant redoutée des Iroquois ? C’est ici un des épisodes les plus émouvants de l’histoire de ces temps héroïques du Canada, dont on nous permettra d'emprunter le récit à notre sympathique historien ?, déjà tant de fois cité.
« On était au printemps de l’année 1660. La colonie était presque épuisée après un demi-siècle de luttes sanglantes contre les Iroquois. Les succès réitérés de ces féroces ennemis avaient tellement accru leur audace, qu'elle leur avait inspiré le projet d'exterminer jusqu'au dernier Français. Cette nouvelle répandit la terreur et la consternation parmi tous les colons. On crut que tout était perdu. Le pays, en effet, semblait sur le penchant de sa ruine. L'ennemi était déjà aux portes : chaque jour des escarmouches annonçaient sa présence. Dans chaque village on érigea des forts, ou on en restaura les anciens: on se harricada dans toutes les maisons. À Montréal, à Québec, aux Trois-Rivières, on multiplia les moyens de défense.
« En ce moment critique une poignée de braves résolut de se dévouer pour la patrie’ en danger. Montréal était l’avant-poste de la colonie ; c’est là qu'ils se réunirent.
1 Lettres historiques. Lettre LVII, p. 548.
2 L'abbé Casgrain, Histoire de la Mère Marie de l’Incarnation, Introduction.
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