TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XI
de diriger contre eux dans la crainte de les voir s'échapper. Ils brisèrent les canots d’écorce des Français, qui avaient été abandonnés à quelque distance du fort, et en firent des flambeaux pour mettre | le feu aux palissades ; mais toutes leurs tentatives furent inutiles, car le feu des assiégés était si bien nourri qu'ils ne purent jamais en approcher.
è « Un deuxième assaut plus furieux que le premier
i fut donné contre la place; mais il fut repoussé avec à une telle vigueur, que l'ennemi n’osa plus revenir à à la charge. Voyant qu'ils ne pouvaient réussir par la #3 force ouverte, les Iroquois tentèrent alors d'employer % la ruse. Connaissant l’insconstance des sauvages, ils it feignirent de vouloir faire la paix. En effet, les Hurons ée commencèrent à hésiter ; mais les Français connaissaient. trop bien la perfidie des Iroquois pour se laisser : leurrer par ces belles promesses ; ils demeurèrent Re inébranlables, Ils ne furent pas longtemps sans lle s'apercevoir de la ruse; car, pendant qu'on cherchait PE à attirer leur attention d’un côté, une bande d’Iroquois “ se glissait secrètement derrière eux et s’avançait déjà ont | pour les surprendre.
Fe « Il est impossible de peindre toutes les soufvi frances qu’eurent à endurer les courageux défenseurs dé du fort pendant tout le temps que dura le siège. Le sait froid , la faim, la soif, l’insomnie les tourmentèrent plus encore que les Iroquois. Pendant les courts és, | instants de sommeil qu'ils pouvaient prendre entre FR les veilles de nuit, ils étaient obligés de coucher à
oùt la belle étoile, sur la terre glacée, au milieu des
balles qui sifflaient sans cesse autour de leur tête. Mais leur tourment le plus cruel proverait de la disette d’eau ; elle devint si grande, qu'ils se virent réduits à avaler toute sèche la farine de maïs qui leur servait de nourriture. Ils avaient découvert un peu d’eau boueuse dans un trou de la palissade; mais à peine y en avait-il suffisamment pour que chacun d'eux püût y tremper ses lèvres. Lorsqu'ils ne pouvaient plus résister aux tortures de la soif, un petit détachement, protégé par quelques tireurs, faisait une sortie et allait puiser un peu d’eau à la rivière; mais, leurs chaudières étant tombées dès le premier jour entre les mains des ennemis, ils ne pouvaient en rapporter qu'une petite quantité à la fois. Pour comble de malheur, les Hurons et les Algonquins n'ayant pas eu la prudence de ménager suffisamment leurs munitions, elles vinrent à leur manquer. Les Français leur en fournirent pendant quelque temps; mais les leurs finirent aussi par devenir rares. Au milieu de tant de fatigues et d’angoisses, ces héros chrétiens puisaient dans la prière une force et un courage toujours renaissants. « Car dès que l'ennemi « faisait trêve, dit la Mère de l’Incarnation!, ils « étaient à genoux, et sitôt qu'il faisait mine d’at- « taquer, ils étaient debout les armes à la main. »
« Une semaine entière s'était écoulée ainsi, lors- de qu'ils entendirent tout à coup une immense clameur dans le camp ennemi. Toute la forêt retentit en
1 Lettres historiques de la Mère de l’Incarnation.