‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 108 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CH.-PITRE XI · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CH.-PITRE XI

« Honteux de se voir tant de fois vaincus par une poignée d'hommes, les Iroquois, ne respirant plus que la rage de la vengeance, et vociférant d’affreux hurlements, s'élancèrent tous à la fois à travers les balles. Les Français en firent un horrible carnage, mais ne purent les empêcher de s’avancer jusqu’au pied de la palissade, où ils se cramponnèrent à l'abri des meurtrières et se mirent à couper les pieux à coups de hache. Dans l'impossibilité où l’on était de les y atteindre, Daulac imagina de remplir de poudre plusieurs canons de fusils et d'y mettre le feu et de les jeter parmi les assiégeants pour les faire éclater au milieu d'eux. Cet expédient ayant assez bien réussi, il ajusta une fusée à un baril de poudre et le lança par-dessus la palissade. Par malheur, le projectile fut arrêté par une branche, et retomba dans l'intérieur du fort où il fit explosion, tuant les uns, blessant les autres, et mettant presque tout le reste hors de combat en leur brûlant la vue, ou les étoutffani dans la fumée. En entendant le bruit de la détonation, les Iroquois comprirent tout l'avantage qu'ils pouvaient tirer de la confusion produite par cet accident, et s'emparèrent des embrasures, d’où ils firent un feu écrasant sur les derniers défenseurs. Ceux-ci se battirent jusqu’à la fin comme des lions. Ils inspiraient une telle frayeur à l'ennemi, qu'il n’osait pénétrer dans la place. Ces hommes aux figures hâves, aux regards illuminés par l’ardeur du combat, leur paraissaient comme des fantômes dont ils tremblaient d'approcher.

« Cependant Anahotaha blessé bondissait de toutes parts, assommant tous ceux qui s’avançaient jusqu'à la portée de son tomahawk. « Rends-toi, si tu veux « sauver ta vie, lui cria un de ses neveux trans- « fuge chez les Iroquois. — J'ai juré ma parole aux « Français, répond le héros chrétien, je meurs avec « eux. » Et il tombe frappé à mort. — « Mets-moi la « tête sur les charbons, murmure-t-il à un de ses « compagnons en se traînant vers le feu, l’Iroquois « n'aura pas ma chevelure. »

« Cependant des monceaux de cadavres jonchaient tout à l'extérieur du camp; les Iroquois s'en servirent pour escalader la palissade, et massacrèrent les derniers braves qui, sourds à toute proposition, voulaient mourir les armes à la main. Un moment auparavant, un Français, par un sentiment de pitié malentendue, assomma à coups de hache ceux de ses compagnons blessés qui respiraient encore, afin de leur épargner les tortures que leur réservaient leurs féroces vainqueurs. Quatre Français seulement et quatre Hurons tombèrent vivants entre leurs mains.

« Les Iroquois furent terrifiés de leur victoire ; en comparant le nombre de leurs morts à celui de leurs victimes, ils ne pouvaient en croire leurs yeux. Comment un si petit nombre d'hommes, exténués de fatigues, mourants de soif, privés de nourriture, avaient-ils pu soutenir une lutte aussi longue et aussi acharnée sans prendre un instant de repos ? Cette résistance était pour eux un mystère.

« Après avoir assouvi leur vengeance sur deux

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