TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XI
blessés français qui avaient conservé un souffle de vie, ils prirent le chemin de leurs villages, n'osant aller attaquer un pays peuplé de tels héros.
« Lorsqu'on apprit les détails de cette sanglante tragédie par des captifs hurons qui avaient réussi à s'échapper, un long cri de deuil s’éleva dans toute la colonie. « Mais la nation canadienne était sauvée; ses défenseurs étaient tombés ensevelis dans leur triomphe.
« Voilà les hommes que la religion avait formés ; voilà le peuple canadien, tel que l'avaient fait les missionnaires martyrs et l’éducation religieuse !. »
La Mère de l'Incarnation complète le récit de cette héroïque résistance en nous racontant ce qui suivit l'entrée des Iroquois dans le fort. « Ayant fait le pillage, dit-elle, ils dressèrent un grand échafaud, sur lequel ils firent monter les prisonniers, et, pour marque de leur perfidie, ils y joignirent ceux qui s'étaient rendus volontairement. Ils tourmentèrent cruellement les uns et les autres. Aux uns, ils faisaient manger du feu, ils coupaient les doigts aux autres, ils en brûlaient quelques-uns, ils coupaient à d’autres les bras et les jambes. Dans cet horrible carnage, un Oneiwteronnon, tenant un gros bâton, s'écrie à haute voix : « Qui est le Français assez « courageux pour porter ceci? » À ce cri, un, qu'on estime être René, quitte généreusement ses habits
1 L'abbé Casgrain, Histoire de la Mère Marie de l'Incarnation, Introduction.
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pour rrcevoir à nu les coups que l’autre lui voudrait donner. Mais un Huron, nommé Anniewton, prenant la parole, dit à l’Iroquois: « Pourquoi veux-tu mal- « traiter ce Français, qui n'a jamais eu que de la « bonté pour toi ? — Il m'a mis les fers aux pieds, « dit le barbare. — C'est pour l'amour de moi, « réplique Anniewton, qu'il te les a mis; ainsi « décharge sur moi ta colère et non sur lui. » Cette charité adoucit le barbare, qui jeta son bâton sans frapper ni l'un ni l’autre. Cependant les autres étaient sur l’échafaud, où ils repaissaient les yeux et la rage de leurs ennemis, qui leur faisaient souffrir mille cruautés accompagnées de brocards. Aucun ne perdit la mémoire des bonnes instructions que le Père qui les avait gouvernés leur avait données, Ignace Thawenhohwi commença à haranguer tout haut ses captifs : « Mes neveux et mes amis, dit-il, « nous voilà arrivés tout haut au terme que la foi « nous fait espérer. Nous voilà presque rendus à la « porte du paradis. Que chacun de nous prenne « garde de ne pas faire naufrage au port. Ah ! mes « chers captifs, que les tourments nous arrachent « plutôt l’âme du corps que la prière de la bouche « et Jésus du cœur. Souvenons-nous que nos dou- « leurs finiront bientôt, et que la récompense sera « éternelle. C'est pour défendre la foi de nos femmes « et de nos enfants contre nos ennemis, que nous « sommes exposés aux maux que nous souffrons à « l'exemple de Jésus, qui s’offrit à la mort pour « délivrer les hommes de la puissance de Satan,