TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XI
Québec du trop fameux abbé de Queylus, qui, en qualité de vicaire général de Mg" l'archevêque de Rouen, délégué pour la Nouvelle-France, lui avait enlevé tous ses pouvoirs de juridiction, il en était revenu, depuis quelques mois à peine, avec quelques religieuses Hospitalières destinées à fonder un établissement de leur ordre à Montréal. S'étant un jour transporté dans l’île qui se trouvait en face de cette localité, pour surveiller les ouvriers qui y réunissaient des matériaux pour la construction de la maison des Sulpiciens, les Iroquois, qui y étaient en embuscade, se jetèrent, comme des loups enragés, sur lui et sur les ouvriers français, et en tuèrent plusieurs. M. Vignal fut dangereusement blessé et fait prisonnier avec quelques autres de ses compagnons. Les sauvages le traînèrent jusqu'à la prairie de la Madeleine, où ils firent un fort pour s’abriter contre une surprise. Le bon et saint prêtre répétait à ses compagnons d'infortune : « Tout mon regret est d'être la cause que vous soyez dans l'état où vous êtes; prenez courage et souffrez pour Dieu! » M. Vignal ne tarda pas à succomber à ses blessures, Après sa mort, les Iroquois lui enlevèrent la chevelure, et firent rôtir son corps pour le manger. C'était le 27 octobre 1661. Il y avait vingt années que cet ouvrier zélé du père de famille travaillait à la vigne du Seigneur, dans les missions de la Nouvelle-France.
4 Note du R, P. Félix Martin.
« Sa vie, d’après le témoignage du R. P. J. Lallemand, était d’une très douce odeur à tous les Français par la pratique de l'humilité, de la charité et de la pénitence, vertus rares qui le rendaient aimable à tout le monde. » Le sang de cet excellent prêtre et celui de tant d'autres saintes victimes devait un jour produire sur cette terre ainsi purifiée une riche et brillante moisson de vertus, et cimenter les fondements de l'Église canadienne ; mais que de sacrifices les missionnaires et les premiers colons n’avaient-ils pas encore à accomplir!
La main de Dieu toutefois se montrait visiblement dans toutes les épreuves de l’Église de la Nouvelle- France. Si elle permettait tous ces maux, c'était pour embellir sa couronne, et établir d’une manière plus solide ses fondements. Mais elle savait aussi la préserver de toute ruine complète. Les nouveaux périls auxquels nous allons la voir exposée nous en fourniront une nouvelle preuve.
à e n e CHAPITRE XII >S TREMBLEMENTS DE TERRE DE 1663 1S nt Fâcheux trafic de quelques Français qui échangent avec les sauvages des boissons alcooliques contre des peaux de castor et le- autres objets. — Abus fait par les sauvages de ces boissons ur enivrantes. — Menaces terribles dans le ciel pendant sept mois. —- Visions prophétiques. — Effroyables tremblemenis de terre. us — Leurs effets. — Terreur universelle. — Renouvellement reliré- gieux et moral du pays.
ils Movebuntur omnia fundamenta terræ.
r- Tous les fondements de la terre seront
ébranlés. (Ps. LXXXI, 5.)
« Je vous ai parlé dans une autre lettre, écrivait à son fils notre vénérée Mère le 6 novembre 1662, d’une croix que je vous disais m'être plus pesante que toutes les hostilités des Iroquois. Voici en quoi elle consiste. Il y a dans ce pays des Français si ë misérables et si dépourvus de crainte de Dieu, qu'ils ee perdent tous nos nouveaux chrétiens, leur donnant des boissons très violentes, comme du vin et de l’eaude-vie, pour tirer d'eux des peaux de castors. Ces
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boissons perdent tous ces pauvres gens, les hommes, les femmes, les garçons et les filles mêmes; car chacun est maître dans la cabane quand il s’agit de manger et de boire; ils sont pris tout aussitôt et deviennent furieux, Ils courent nus, avec des épées et d’autres armes, et font fuir tout le monde, soit de jour, soit de nuit; ils courent par Québec, sans que personne
les puisse empêcher, Il s'ensuit de là des meurtres, | des brutalités monstrueuses et inouïes. Les révérends ] Pères ont fait l'impossible pour arrêter le mal, tant U du côté des Français que de la part des sauvages ; € tous leurs efforts ont été vains. Nos filles sauvages f, externes venant à la classe, nous leur avons fait le voir le mal où elles se précipitent en suivant l'exemple d
de leurs parents ; elles n’ont pas remis depuis le pied chez nous. Le naturel des sauvages est comme cela: ils font tout ce qu'ils voient faire à ceux de leur nation en matière de mœurs, à moins qu'ils ne soient bien affermis dans la morale chrétienne. Un capitaine algonquin, excellent chrétien et le premier baptisé du Canada, nous rendant visite, se plaignait, disant : « Onontio (c’est monsieur le gouverneur) nous « tue en permettant qu’on nous donne des boissons.» Nous lui répondîmes : « Dis-lui qu’il le défende. — « Je lui ai déjà dit deux fois, repartit-il, et cepen- « dant il n’en fait rien; mais priez-le vous-même | ce À « d’en faire la défense, peut-être vous obéira-t-il. » s’il
« C’est une chose déplorable de voir les accidents dra funestes qui naissent de ce trafic. Monseigneur notre prélat a fait tout ce qu’il se peut imaginer pour en