TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XII
arrêter le cours, comme une chose qui ne tend à rien moins qu à la destruction de la foi et de la religion dans ces contrées. Il a employé toute sa douceur ordinaire pour détourner les Français de ce commerce, si contraire à la gloire de Dieu et au salut des sauvages. Ils ont méprisé ses remontrances, parce qu’ils sont maintenus par une puissance séculière ‘ qui a la main forte. Ils lui disent que partout les boissons sont permises. On leur répond que dans une nouvelle Église et parmi les peuples non policés, elles ne le doivent pas être, puisque l'expérience fait voir qu'elles sont contraires à la propagation de la foi et aux bonnes mœurs que l’on doit attendre des nouveaux convertis. La raison n'a pas fait plus que la douceur, Il y a eu des contestations très grandes sur ce sujet, Mais enfin le zèle de la gloire de Dieu a emporté notre prélat, et l’a obligé d’excommunier ceux qui exerceraient ce trafic. Ce coup de foudre ne les a pas plus étonnés que le reste ; ils n'en n’ont pas tenu compte, disant que l’Église n’a point de pouvoir sur les affaires de cette nature. Les affaires étant à cette extrémité, il s’embarque pour passer en France, afin de chercher les moyens de pourvoir à ces désordres, qui tirent après eux tant d'accidents funestes. Il a pensé mourir de douleur à ce sujet, et on le voit sécher sur pied. Je crois que s’il ne peut venir à bout de son dessein, il ne reviendra pas; ce qui serait une perte irréparable pour
1 Les Hollandais, qui favorisaient singulièrement dans les parages de la Nouvelle-France l'importation des substances alcooliques.