‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 116 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XII

nant et entraînant dans leur chute des troncs d'arbres et des monceaux de gazon. Les édifices ébranlés chancelaient tantôt d’un côté, tantôt d’un autre. Les clochers de églises se balançaient comme les arbres dans les grands vents ; les cloches sonnaient d’ellesmêmes. Les toits des maisons s’élevaient et se courbaient en ondulations : les murs se lézardaient ; les planchers, les cloisons craquaient, se disloquaient ; les portes s’ouvraient et se refermaient avec violence. Les animaux domestiques, saisis de frayeur, s’élançaient hors des maisons en poussant des cris et des hurlements.

« L’agitation n’était pas moins grande sur l’eau que sur la terre; les glaces énormes du fleuve, épaisses de cinq ou six pieds, s'ouvraient avec un formidable fracas, se soulevaient, s’entre-choquaient comme dans une violente débâcle, et retombaient brisées en mille fragments. Des interstices jaillissaient des nuages de fumée ou des jets de boue et de sable. Les poissons eux-mêmes, saisis de vertige au milieu de cette épouvantable confusion des éléments, s’élançaient hors de l'eau ; et l’on entendit même les sourds ronflements des marsouins, nageant par troupeaux dans les eaux du lac Saint-Pierre, où jamais on n'en n'avait vu auparavant.

« Aux premiers signes de ce cataclysme, les uns crurent à un vaste incendie, les autres à une attaque subite des Iroquois. Tout le monde se précipita en dehors des maisons, criant au feu ou courant aux armes, et se frayant un passage à travers les

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meubles renversés, les cheminées écroulées et l'épaisse fumée qui volait de toutes parts.

« Cependant les secousses du tremblement de terre devenant de plus en plus violentes, on se crut transporté à la fin du monde. Les femmes tombaient en défaillance, les hommes se prosternaient la face contre terre en se frappant la poitrine, ou élevaient les mains vers le ciel en implorant la miséricorde de Dieu, croyant à chaque instant que la terre allait s’entr'ouvrir sous leurs pieds et les engloutir. Un grand nombre coururent vers les églises, afin de se préparer à paraître au jugement de Dicu.

« Cette première secousse dura près d’une demiheure. Cependant les oscillations continuèrent longtemps encore à se faire sentir, mais avec moins de violence et d'une manière irrégulière, tantôt par des chocs rudes et saccadés, tantôt par un balancement analogue à celui d’un vaisseau bercé au roulis des vagues.

« La consternation fut universelle parmi les Français comme parmi les sauvages; mais ce fut surtout un coup de foudre pour ceux qui se livraient, en ce moment même, aux divertissements du carnaval. Pendant toute la nuit, les églises furent encombrées de fidèles qui entouraient les tribunaux sacrés. D'étonnantes conversions s’opérèrent ; un missionnaire assura plus tard à la Mère de l’Incarnation qu'à lui seul il avait entendu plus de huit cents confessions générales.

« Vers huit heures du soir, une seconde secousse

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