TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XHI
mis tout en comm n. Ms' de Laval, donnant le premier l'exemple, ne faisait rien de considérable que de concert avec tout son clergé, avec lequel il partageait tous ses revenus. De la sorte, il n’y avait parmi ces prêtres fervents ni riches ni pauvres ; ils étaient tous vraiment frères. C'est à cette étroite union que la religion fut redevable des rapides progrès qu’elle fit en Canada; car ce que la piété avait inspiré devint dans la suite nécessaire, pour engager les prêtres à venir de France en ce lointain pays dépourvu de ressources, mais où ceite pieuse association les mettait d'avance à l'abri de tout chagrin et de toute inquiétude. Ce fut ainsi que le clergé canadien vécut pendant de longues années.
Heureux temps où l’on voyait revivre les exemples de charité de la primitive Église, et où on pouvait dire en toute vérité de l’évêque, des prêtres, des religieux, des fidèles, qu'ils ne faisaient entre eux qu'un cœur et qu'une âme ! !
Cette union de cœur se remarquait aussi chez nos chères Ursulines. Elles aussi voyaient augmenter
1 Le clergé de France ne saurait manquer d'unir ses vœux à ceux du clergé canadien en faveur de la prochaine introduction de la cause de béatification du glorieux évêque, dont nous venons de faire connaître en peu de mots, d'après les témoignages de la Mère de l'Incarnation, le noble caractère et les admirables vertus épiscopales. Ce portrait trop rapide fixera néanmoins, nous n’en doutons pas, les regards de tous ceux qui liront ces pages. Ils trouveront dans les traits caractéristiques de cette grande figure le type achevé du véritable évêque français. Puisse la Providence en donner beaucoup à notre chère patrie formés sur ce modèle ! Ce sont de tels pasteurs qui ont jadis fait la France, selon la célèbre parole de Gibbon. Seuls, de tels évêques pourraient encore la sauver.
leur nombre, sans que leur communauté perdit rien de l'esprit de charité fraternelle qui l’animait dès le début. Aussi la joie régnait-elle parmi elles, et c'était merveille de voir la sérénité de leur visage et la paix intérieure de leur maison.
M"° d’Ailleboust de Coulange !, épouse de M. le gouverneur de la colonie, avait eu autrefois le vif désir de venir partager leur bonheur à la suite de sa sœur, devenue Mère Saint-Dominique. Cédant à ses pieuses instances, M. d’Ailleboust avait fini par y consentir même de son vivant. Mais, pour des motifs que nous ignorons, cet essai n'avait pas réussi. Après la mort de M. d’Ailleboust, qui eut lieu en 1660, lorsqu'il était gouverneur de Montréal, sa veuve crut pouvoir reprendre plus facilement ses
1 Mne d’Ailleboust reprit au milieu du monde sa vie de bonnes œuvres et d'édification, Elle eut, avec Mer de Laval et le R. P. Chaumonot, une large part à l'établissement de la société ou confrérie de la Sainte-Famille.
Plus tard, lorsque des fièvres contagieuses se déclarèrent parmi les troupes qui avaient accompagné le marquis de Tracy, on vit Mue d'Ailleboust s'offrir avec d'autres dames pieuses de Québec pour venir en aide aux religieuses de l'Hôtel-Dieu.
Son mérite brilla à tel point, que M. de Courcelles, gouverneur, et M. Talon, intendant, lui offrirent tous deux leur main, etilne tint qu'à elle d'être une seconde fois dame du château Saint- Louis. Mais cette femme généreuse sut rester fidèle à sa résolution, et, pour ne plus entendre parler d'alliance humaine, elle rompit tout à fait avec le monde et se retira à l'Hôtel- Dieu, où elle avait loué des appartements.
C'est là qu'elle mourut le 7 juin 1685, comblée de mérites et es pirant à la possession de son Dieu. Elle était âgée de soixante- -ept ans. Sa pieuse sœur, la Mère Saint-Dominique, l'avait devan- -ée au ciel de plusieurs années, ainsi qu'une autre de ses sœurs, énédictine en France. (Les Ursulines de Québec, liv. IT, ch. rer.)