TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XIII
pendieuse et bruyante ; mais, dès ses premiers pas sur le sol canadien, il vit qu'il avait affaire à un peuple honnête et loyal, et il souriait comme un père à ses chaleureux transports. Ce fut vers le lieu saint qu’il dirigea tout d’abord sa marche, suivi du cortège le plus magnifique que l’on eût encore vu à Québec. En avant marchaient vingt-quatre gardes et six pages d'honneur en costume de cour. Venait ensuite le vice-roi entouré d'officiers dont le brillant uniforme étincelait d’or et d'argent. En arrière étaient six laquais portant livrée ; des militaires fermaient la marche, suivis du peuple, dont les cris d’allégresse ajoutaient encore au concert des cloches et des canons. M9" de Laval, qui attendait le vice-roi à la porte de l’église, lui présenta l’eau bénite et la croix, et le conduisit lui-même au siège d'honneur qu’on lui avait préparé. Mais ce gentilhomme vraiment chrétien se tint à genoux sur le pavé, comme le dernier mousse de l'équipage, pendant que le sanctuaire retentissait de l'hymne d'actions de grâces.
M. de Tracy fut enchanté de l'aspect du pays. Il aimait le peuple comme un père aime ses enfants, c'est-à-dire avec un constant désir de le rendre heureux, et il s’y dévoua de tous ses efforts. Il aimait aussi les pauvres sauvages ; 1l écoutait avec bonté leurs harangues improvisées!, et recevait même volontiers leurs petits présents.
1 Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en leur donnant ici quelques extraits de la première adresse qui fut présentée à M. de Tracy par les Hurons. Le premier orateur huron parla ainsi :
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La joie fut grande dans la colonie à l’arrivée des derniers vaisseaux (septembre 1665), qui portaient le colonel de Salières et son état-major, le nouveau gouverneur, M. de Courcelles, l’intendant, M. Talon, ainsi que le reste du régiment de Carignan. Ils entrèrent au port aux acclamations du peuple réuni sur Je rivage pour les recevoir.
Québec, qui venait d’être honoré du nom de ville, présentait alors un aspect des plus pittoresques. Les édifices religieux, en assez grand nombre et de belles dimensions ; le château Saint-Louis, assis comme par enchantement au-dessus du port; les soixante-dix maisons « pierrotées » des Français, groupées de distance en distance sur le haut du vieux rocher, tout était de nature à prévenir favorablement l'étranger. Ajoutons à cela les arbres séculaires qui ombrageaient en tout lieu les habitations des Français, et
« Grand Ononthio, tu vois à tes pieds les débris d'une grande terre. Ce ne sont maintenant que des cadavres qui te parlent, à qui l'Iroquois n’a laissé que des os, en ayant dévoré la chair après l'avoir grillée sur les échafauds. Il ne nous restait qu'un petit filet de vie, quand avec bien de la peine, ayant levé les yeux, nous avons aperçu sur la rivière les navires qui te portaient, et avec toi tant de soldats qui nous sont envoyés par ton grand Ononthio et le nôtre... Mais après tout, quoique je t'entende, que je te voie de mes yeux et que j'embrasse tes pieds, la joie que tu apportes est si inopinée, que j'aurais peur d'être déçu par un beau songe, si je ne me sentais déjà tout fortifié par ta seule présence. Sois le bienvenu, à généreux Ononthio, et reçois ce petit présent du cru de notre terre, pour marque de la joie que nous cause ton heureuse arrivée, » En prononçant ces dernières paroles, l'orateur avait déposé aux pieds du tice-roi une peau d'ongnal, que celui-ci reçut avec grâce et une dignité qui charmèrent ces bons sauvages.
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