‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 125 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE XIII

le « wigwam » solitaire qui, perché çà et la, mélait ses grâces sauvages à la variété du tableau, et nos lecteurs auront une idée assez juste du lieu choisi pour étre la résidence du vice-roi français, et du nombreux cortège d'hommes distingués qui l’accompagnaient au Canada.

L'élément joyeux dans lequel vivait alors, comme aujourd'hui du reste, cette population franco-canadienne, reçut une vitalité toute nouvelle par l’arrivée de ce fameux régiment de Carignan, dont l'histoire et les vieilles traditions du pays ont tant de fois raconté les beaux faits d'armes.

Ces quatre-vingts officiers en brillant uniforme jetaient un grand éclat dans toute la colonie. Mais on ne leur laissa pas le loisir de chevaucher longtemps! avec élégance dans les vertes avenues de Sainte-Foye ou de la Grande-Allée ; il fallut bientôt en venir à la réalité de leur mission. Trois semaines après l’arrivée des premiers vaisseaux, la Mère de l'Incarnation écrivait : « Les compagnies sont déjà parties avec cent Français de ce pays et un grand nombre de sauvages pour prendre le devant et s’emparer de la rivière des Iroquois, et pour y faire des forts et les garnir de munitions. L'on fait cependant ici un grand appareil de petits et de grands bateaux

plats, pour passer les bouillons de l’eau qui se rencontrent dans les sauts.

1 Avec le régiment de Carignan parurent pour la première fois des chevaux au Canada.

« M. de Tracy a déjà fait de très beaux règlements: je crois qu’il est choisi de Dieu pour l'établissement solide de ces contrées, pour la liberté de l'Église et pour l'ordre de la justice. C'est un homme d’une haute piété ; toute sa maison, ses officiers, ses soldats, imitent son exemple. Cela nous ravit, et nous donne beaucoup de joie. Ce qui les anime tous, c'est qu'ils vont à une guerre sainte et qu'ils von’ combattre pour la foi. M. de Tracy, quoique âgé de soixante-deux ans, y veut aller en personne, afin que rien ne manque pour assurer cette expédition !. »

&« Quant au reste de l’armée, écrivait-elle encore en septembre de cette même année, elle est en bonne disposition de signaler sa foi et son courage, et l’on tâche de leur inspirer de véritables sentiments de piété et de dévotion. C’est en cela que les Pères font merveille. Il y a bien cinq cents soldats qui ont pris le scapulaire de la sainte Vierge. C’est nous qui les faisons, à quoi nous travaillons avec bien du plaisir. Ils disent tous les jours le chapelet de la Sainte-Famille avec tant de foi et de dévotion, que Dieu a fait voir par un beau miracle ? que leur

1 Lettres historiques. Lettre LXX, p. 600.

3 « Un lieutenant du régiment de Carignan, ne s'étant pu trouver à l'assemblée pour réciter le chapelet de la Sainte - Famille, s'était retiré dans un buisson pour le dire en son particulier. La sentinelle, ne le distinguant pas bien, crut que c'était un Iroquois qui s'était caché; il le tire quasi à brûle-pourpoint et se jette aussitôt dessus, croyant trouver son homme mort, Il le devait être, en effet, la balle lui ayant donné dans la tête, deux doigts au-dessus de la tempe. Mais la sentinelle fut bien étonnée de

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