QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE I
grâce en mon âme, excitaient ma volonté à vouloir en effet être précipitée dans l'enfer, mais non pour déplaire à Dieu et par un sentiment de haine contre lui, mais, au contraire, afin que la justice de Dieu fût satisfaite par le châtiment éternel de mes iniquités. Par cet acte de simple vue de foi, j'étais alors comme retirée de l’enfer dans lequel je voulais bien alors être ensevelie à cause de mes péchés, pourvu toutefois que je n'y eusse point été privée de l’amitié de Dieu. »
Quelques lignes plus loin, notre vénérée Mère rapporte encore sur une de ces terribles visions quelques détails qu'il importe de faire connaître. « Un jour, dit-elle, étant debout près du très saint Sacrement, je vis tout à coup une grande flamme qui sortait par un soupirail, qui me semblait être celui de l’abîme. Alors, par une certaine saillie et vivacité, je me sentis portée en tout moi-même à m'y jeter par un sentiment de mépris de Dieu. Mais aussitôt la divine miséricorde me soutint par une vertu secrète, et bientôt cette vue effroyable cessa, et avec elle l'opération intérieure qui l'avait accompagnée. Mais je crois que si je n'eusse rencontré à propos un lambris qui se trouvait à mes côtés, et auquel je me tins cramponnée, je serais tombée, tant cette opération fut vive et violente?. »
Il faut reconnaître ici une des plus grandes
1 Dom Claude Martin, Ille partie, ch, 1v, p. 414 et suiv. 2 Dom Claude Martin, Ille partie, ch. 1v, addition.
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épreuves auxquelles Dieu ait jamais permis que certaines grandes âmes aient été soumises pour les purifier entièrement. Mais l'histoire nous apprend qu’autant ces sortes de purifications sont terribles, autant le résultat en est merveilleux. On y sent un de ces coups portés par la main du divin Amant de ces âmes privilégiées, par lesquels il veut triompher, comme en un moment, de toutes les résistances les plus secrètes de leur nature et épurer entièrement leur charité.
C'est ainsi que nous voyons la Mère Marie de l’Incarnation opposer, par un héroïsme sublime, comme une sorte d’excès d'amour divin aux suggestions de haine qui lui sont venues de l’enfer. Par une de ces suppositions impossibles telles que plusieurs saints personnages en ont formées, elle se dévoue et se condamne volontairement elle-même, ainsi que nous venons de le voir, à une éternité de peines et de tourments dans l'enfer afin que la justice de Dieu soit satisfaite, pourvu toutefois qu’elle ne soit point privée de l’amitié de Dieu.
Dans les belles instructions sur les États d’oraison qu'il publia au cours de la grande controverse sur le quiétisme, Bossuet cite un grand nombre d'exemples et de paroles semblables empruntées aux plus grands saints et notamment à sainte Thérèse, à sainte Catherine de Gênes et surtout à saint François de Sales. Il les oppose, en les expliquant, aux prétentions des faux mystiques qui préconisaient alors, comme étant le moyen le plus facile,. pour les âmes
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