‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 141 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE

lettre qu'elle écrivait à son directeur: « Bien que j'accepte pleinement toutes les dispositions de la Providence à mon égard, ne croyez pas cependant qu'elles ne me coûtent pas, car je vis depuis si longtemps ou plutôt je meurs d'une mort si longue et si sensible, si forte et si dure à la partie inférieure, que j ose vous dire en toute vérité que Dieu m'enlève tout ce qui peut me causer quelque contentement, de sorte que je ne puis me considérer que comme une étrangère où plutôt une personne à qui l'on ôte tout. Il vous souvient sans doute de cette lumière que Dieu me donna un jour, au commencement de ma conversion, et par laquelle il me lit voir que j'avais toutes les choses créées derrière moi, et que je devais courir vers sa divine Majesté dans un état de dépouillement intérieur complet. Or ce dépouillement s'accomplit en moi tous les jours, aux dépens de mes sentiments les plus chers. Je croyais depuis longtemps que j'étais vraiment morte à toutes choses, mais, hélas ! jesne connaissais pas alors tout ce qui est en moi superflu, et que le divin Téons s'applique à faire disparaître tous les jours. Ce divin Sauveur m'avait montré autrefois une âme vraiment dépouillée de tout et exempte de tout atome d’'imperfection, et il me fit comprendre que pour aller à lui je devais être aussi toute pure. J'avais cru qu'en vertu le l'union intime qu'il daignait avoir contractée avec moi, il me rendrait aussi pure qu'il le désirait et que ma nature pourrait arriver à cette pureté à assez bon compte. Mais j'étais alors bien

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24k HISTOIRE DE LA MÈRE MARIE DE L'’INCARNATION

aveugle et bien ignorante, je ne soupçonnuis pas ce que j'aurais à souffrir pour arriver à ce détachement intérieur parfait des créatures et de moi-même qu'il exige de moi. Plus je m'approche de Dieu, et plus je vois en moi de choses qu’il me faut ôter et faire disparaître encore. Je supplie mon divin Époux d'arracher lui-même tout ce qui lui déplaît en moi; mais cette opération divine ne laisse pas d'être un martyre continuel, tant dans la partie intérieure qu’extérieure de mon âme. Je souffre par les côtés les plus sensibles de mon être ; c’est un crucifiement spirituel, mais je ne voudrais pas l’échanger contre toutes les délices imaginables, car il m'unit le plus eflicacement à mon céleste Époux, que je veux aimer pardessus toutes choses !. »

« Qui pourrait exprimer, disait-elle encore, les voies de cette divine pureté et ce qu’elle exige des âmes qui sont appelées à la vie vraiment spirituelle et intérieure? Cela ne se peut dire, ni combien l'amour divin est terrible, pénétrant et inexorable sur ce point. Cette pureté est incompatible avec l'esprit de la nature. Mais cet esprit est si subtil, que quand on le croit anéanti, il vit encore; car la nature a des coins, des détours et des labyrinthes incompréhensibles, L'esprit de Dieu peut seul connaître à fond ces voies mystérieuses de la nature, et l'y poursuivre pour la détruire par son feu très ardent et sa puissance souveraine. Quand il lui plaît d'y travailler,

1 Dom Claude Martin, IIIe partie, ch, iv, addition.

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