‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 142 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE

l'âme est comme dans un purgatoire plus pénétrant que la foudre. Mais mon âme néanmoins n’y perdait pas de vue le Verbe incarné, car c'était lui-même, qui naguère ne me paraissait qu'amour et consumait mon âme dans ses divins embrassements, qui la crucifiait maintenant et semblait en séparer son esprit, excepté toutefois en son fond, où était toujours la demeure permanente de Dieu. Mais ce fond me paraissait alors comme un abîme éloigné et séparé des autres parties de l’âme. Je ne puis autrement m'’exprimer. Et on eût même dit que Dieu s’y cachait tellement qu’il semblait vide de tout. Cet état est si difficile à supporter, que l’âme se croirait alors livrée à des désespoirs qui la jetteraient, ce semble, au fond des enfers !, »

Nous avons déjà parlé dans la première partie de cet ouvrage de cette union extraordinaire avec Dieu qui fut le grand privilège mystique de notre vénérée Mère, et qui se perpétuait sans cesse dans ce qu’elle a appelé si souvent son fond, c’est-à-dire cette partie profonde de l'âme où le tumulte des affaires et celui des tentations ne se faisait jamais sentir. Nous voyons toutefois, par ce qu’elle vient de dire, que les épreuves de purification auxquelles elle fut soumise, pendant les premières années de son séjour dans le nouveau monde, semblèrent atteindre quelquefois cette partie-là elle-même, et cacher un instant à ses yeux l'hôte divin qui y faisait sa résidence, et qu’elle ne perdait jamais de vue. La con-

Dom Claude Martin, IILe partie, ch. v, p. 128.

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tradiction ici n'est qu'apparente, elle n’est point réelle, car il pouvait y avoir à certains moments, en effet, dans l’âme de notre vénérée Mère, une légère diminution de cette lumière qui lui montrait sans cesse son divin Époux présent dans son fond, sans qu’elle le perdit néanmoins entièrement de vue. Elle a comparé elle-même ces courts intervalles de diminution de lumière, dans les cruels moments d'épreuve dont nous parlons, à ces rapides interceptions des rayons solaires qui se produisent lorsque de légers nuages rapidement chassés par le vent passent devant le soleil, On ne voit plus alors, il est vrai, le grand astre dans sa splendeur ordinaire, mais on ne cesse pas cependant d’apercevoir son disque lumineux.

Aünsi en était-il quelquefois, quoique très rarement, dans l’âme de notre Mère durant les jours de purification intérieure dont elle vient de nous parler. Mais ces épreuves, quelques courtes qu’elles fussent, eussent suffi pour la réduire au désespoir, si Dieu ne l’eût soutenue. Qu'est-ce donc que la beauté de Dieu? Et quel est le privilège d'une âme appelée à ne perdre presque jamais de vue quelques-uns de ses rayons?

Cependant le divin Époux, qui voulait s'unir bientôt sa chère épouse par des liens encore plus intimes, avait recours sans cesse à de nouveaux moyens pour la purifier. Un jour il lui représenta la pureté éminente de la très sainte Vierge. « Je voyais d’une manière admirable, dit-elle, une âme et tout ensemble la majesté de Dieu; et cette âme avait une

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