‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 143 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE

pureté toute céleste, n'ayant aucun atome d’imperfection, et aussi sans intermédiaire elle se joignait à son Dieu, qui l’attirait comme un aimant sacré pour l'abimer en son sein, et il me fut enseigné que telle était la pureté de la très sainte Vierge Mère de Dieu!. »

Ces vues et autres semblables lui « piquaient l'âme », nous dit-elle, et lui « faisaient pousser ces élans » par lesquels elle « s’abandonnait à tout par un parfait anéantissement » d'elle-même et le sacrifice absolu de son honneur et de sa réputation; car rien autre chose ne la touchait que l'extrême pureté dont eile voulait orner son cœur. « L'on ne peut dire, ajoutait-elle, ce que l'esprit de Dieu demande d'une âme qu'il tient dans une union intime, habituelle et continuelle avec lui. J'ai souvent expérimenté que rien de souillé ne peut avoir accès dans cette partie intime, ou centre de l’âme, qui est la demeure de Dieu et comme son ciel. »

Les mouvements de la nature se font encore sentir, il est vrai, dans les âmes élevées à tel degré d’oraison, mais ils sont aussitôt réprimés. Notre vénérée Mère les compare à « certaines exhalaisons d’imperfection et d'impureté spirituelle ». Ce sont ces « petites malignités, ces petits gauchissements, dit-elle, ces petits déguisements qui se couvrent d’une ombre de sainteté, de charité, de zèle, de piété et même de gloire de Dieu ? ».

1 Dom Claude Martin, Ille partie, ch. 1v, addition. 2 Id., ibid., ch. vin.

Mais il n’en est pas toutefois de ces passions, il importe de le remarquer, comme de celles qui proviennent, par exemple, « d’un naturel qui dans son fond est facile à s’émouvoir, ni comme de celles dont les mouvements sont fondés sur les mauvaises habitudes, et que ceux qui entrent dans la vie spirituelle s'efforcent de mortifier; » car, bien loin qu'on se sente entraîné à les satisfaire, comme cela arrive pour les passions dont nous venons de parler, on endure celles-ci, au contraire, comme une sorte de « flagellation extrêmement sensible et très difficile à supporter ! ».

En un mot, elles constituent pour l’âme une épreuve dont elle peut tirer un excellent parti, au point de vue de ses progrès dans l'humilité, la connaissance d'elle-même et l'acquisition des autres vertus; mais elles ne laissent pas néanmoins, si on cesse un instant de les réprimer, d'être pour Dieu une légère offense dont il se sent blessé, C’est là ce qui faisait dire à saint Paul, ravi cependant jusqu’au troisième ciel : Malheureux que je suis! qui me délivrera de ce corps de mort? ? et ce qui a arraché dans toute la suite des siècles à un grand nombre de saints des cris semblables. Tant il est vrai que la paix parfaite n’est ici-bas le privilèg- de personne, et que le Thabor lui-même, où Jésus conduit quelquefois les préférés de son cœur, n'est pas encore le ciel.

1 Dom Claude Martin, Ile partie, ch. vin.

2 Rom., vit, 4.

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