‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 146 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE II

pirations, soumises au jugement de mon directeur. Mon âme ne pouvait trouver de repos avant que je ne fusse allée le trouver pour avoir son approbation et son consentement à cet égard. L'esprit de grâce qui me dirigeait me faisait franchir toutes les difficultés; car, comme je le dirai ailleurs, une âme que Dieu appelle à une vie continuelle de l'esprit doit se résoudre à passer par beaucoup de morts avant d'arriver au terme; cela n’est pas imaginable, et quiconque n’y aurait pas passé aurait de la peine à se faire une idée de l’état d’absolu abandon où doit être l’âme à qui Dieu demande de se laisser conduire partout où il veut la mener. L'on dit, et cela est vrai en un sens, que la contemplation est oisive; mais son oisiveté ne l'empêche pas d’avoir de grands travaux à supporter, qui ne lui donnent de repos ni jour ni nuit, dans les routes et dans les voies que l'esprit de grâce lui fait tenir, et la nature les ressent plus que je ne le puis dire, quelque soumis que soit l'esprit. Mais je reviens à mon discours. J'ai dit plus haut que le R. P. Lallemand m'éprouvait et me disait avec une grande liberté toutes mes vérités. Un jour entre autres il me dit, et me le prouva par la raison, que je n'étais pas digne de traiter avec Dieu dans une si grande fami-

liarité, à cause de mes grandes imperfections. Il

avait raison, et mon esprit en était convaincu, me croyant encore plus misérable qu'il ne me voyait. « Comment, disait-il, traiter de la sorte avec une « si haute Majesté, vouloir le baiser de la bouche?

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« Sous les pieds, sous les pieds! C'est encore trop « pour vous. » Je voyais bien qu'il disait vrai. Le zèle et la ferveur avec lesquels il me parlait m'anéantissaient puissamment et m'auraient fait passer par le feu, afin que la justice divine fût satisfaite pour ma trop grande témérité. Afin de profiter de ces avis, je me faisais de très grandes violences pour traiter d’une autre manière avec mon divin Époux, mais je ne pouvais y parvenir. Je lui demandai avec un amoureux respect qu'il lui plût de me faire la grâce d'obéir à celui qui tenait sa place pour la direction de mon âme, et au moment même où je lui faisais cette demande, je me trouvai, sans y penser et tout à fait à mon insu, dans un doux et intime commerce avec lui. Mais, me ravisant aussitôt, je lui disais : « Mon chaste Amour, il faut que j'obéisse à celui qui me tient votre place, il le désire; pardonnez-moi, s’il vous plait, si je me retire de vous, vous savez que je veux obéir, » Je m’eflorçais alors de me faire violence pour me soustraire un peu à ses divines caresses, et insensiblement je me voyais en sa divine présence comme liée et captive de l'obéissance, et sa bonté amoureuse se plaisait à regarder mes liens !, »

Saints et précieux liens de l’obéissance à l'égard de son directeur, qui en bien des occasions mirent cette grande âme à l’abri des dangers, des illusions, des tentations et scrupules auxquels son vœu

1 Dom Claude Martin, IIIe partie, ch. x.

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