QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE II
héroïque du plus parfait l'eût exposée, non moins que son directeur lui-même. Car, en mille circonstances , l'âme qui a fait un tel vœu ne peut-elle pas se demander où se trouve la plus grande perfection qu’elle a promise? Si elle porte le cilice, par exemple, un jour de la semaine, ne pourra-t-elle pas croire qu'il serait plus parfait de le porter deux ou trois jours? Et si elle le porte pendant deux ou trois jours, ne se croira-t-elle pas obligée de le porter tous les jours? Aïnsi peut-il en être en une foule d’autres occasions où, sous l'apparence d'un bien meilleur et d’une vertu plus parfaite, le démon pourrait facilement donner le change à cette âme en la poussant à des excès funestes, voisins des abîmes de l'illusion.
Quand son fils, alors depuis longtemps déjà engagé dans l’ordre de Saint-Benoît, eut appris cette nouvelle, il se permit de lui écrire pour lui faire part de ses appréhensions. Voici quelle fut la réponse de notre Mère : « Pour le vœu de la plus grande gloire de Dieu, vous m'exposez les mêmes difficultés que sainte Thérèse éprouva après l'avoir fait. Car, comme son vœu était général, cela la jetait dans de fréquents scrupules, ainsi que son confesseur, comme on peut le voir dans les chroniques du Mont-Carmel. Cela obligea son directeur à lui en donner une formule ! que je vous envoie, et à laquelle
1 Le confesseur de sainte Thérèse était à cette époque le Père Garcia de Toledo, de l'ordre de Saint-Dominique. La première formule du vœu parut au sage directeur manquer de précision, et il
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le R. P. Lallemand a jugé à propos que je me tinsse. Voici cette formule :
« Vœu de la plus grande perfection ou de la plus « grande gloire de Dieu, réduit en pratique et donné « à sainte Thérèse pour l'empêcher de tout scrupule, « elle et ses confesseurs :
« Promettre à Dieu d'accomplir tout ce que votre « confesseur, après l'avoir interrogé en confession, « vous répondra et vous déterminera que c'est le « plus parfait, et que vous soyez alors obligée de « lui obéir et de le suivre; mais cette obligation « doit supposer trois conditions : la première, que « votre confesseur soit informé de ce vœu et qu'il « sache que vous l’avez fait. La seconde, que ce « soit vous-même qui proposiez à votre confesseur « les choses qui vous sembleront être de plus « grande perfection, et que vous lui en demandiez « son sentiment, lequel vous servira d'ordonnance. « La troisième, qu'en effet la chose qui vous sera « spécifiée soit pour vous de plus grande perfection. « Alors ce vœu qui sera ainsi conditionné vous « obligera fort raisonnablement, au lieu que celui « que vous avez fait auparavant par un excès de
vit de suite quels inconvénients douloureux pouvaient en résulter pour l'âme de Thérèse. Et de fait non deerant scrupuli quibus lum ejus ipsius animus, tum animi confessariorum, in tanta operalionum varielale ac mulliludine, anticipes hærerent quid magis aut nimis perfectum foret (ait P. Fredericus, lib. I, cap. xx). Le P. Garcia mit le plus grand soin à étudier les termes de la formule nouvelle sous laquelle la sainte prononça une seconde fois son vœu. (Histoire de sainte Thérèse, d’après les Bollandistes, ses divers hisloriens el ses œuvres complètes, ch. x1, note.)
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« ferveur supposait une trop grande délicatesse de « conscience, et vous exposait, aussi bien que votre « confesseur, à beaucoup de troubles et de scru- « pules ! »,
Après avoir lu cette lettre, dom Claude Martin ne put s'empêcher de faire parvenir à sa mère une observation. Cette formule ne lui paraissait pas répondre parfaitement au vœu que sainte Thérèse avait fait, et semblait même, à son avis, renfermer un blâme à l'égard de cette grande sainte. « Comment , en effet, lui disait-il, interpréter autrement ces paroles : « Ce vœu vous obligera raison- « nablement, au lieu que celui que vous aviez fait « auparavant par un excès de ferveur? » Quelques scrupules ou difficultés que les confesseurs de cette illustre épouse de Jésus-Christ pussent avoir touchant ce vœu, le fils de notre vénérée Mère était d'avis qu'ils ne devaient pas tant avoir égard à leur peine qu'à l'intention de celle qui l'avait fait, et qu'au lieu d'accommoder ce vœu à leur direction, ils eussent mieux fait, au contraire, de mettre leur direction en harmonie avec un si grand vœu,
Cependant, ainsi que nous l'avons fait observer plus haut, il est certain qu'un tel vœu, fait sans restriction ni limites d'aucune sorte, ne pouvait manquer d'être l’occasion d’une foule de diflicultés et d’inquiétudes. C’est pourquoi on ne saurait blâmer ni le confesseur de sainte Thérèse, ni le R. P, Lalle-
1 Dom Claude Martin, Ie partie, ch. x, addition.