CHAPITRE III
L'ÉTAT DE VICTIME OÙ LA PARFAITÉ PURETÉ D'ESPRIT De 1650 à 1654 1,
Profond attrait pour la consommation du sacrifice entier d'ellemême, ou la purification parfaite de toutes les facultés où puissances de son âme. — Cinq degrés de cette pureté suréminente. — Le premier degré, ou la purgation de la partie sensitive. — Du deuxième degré, ou de la suspension de l'entendement. -— Du troisième degré de pureté, qui consiste dans la suspension de la volonté. — Le quatrième degré. — Divins et amoureux respirs. — Le cinquième degré, ou la purification des divins respirs, — Des visions imaginaires et intellectuelles. — Toutes les espèces imaginaires transformées chez la Mère de l'fncarnation en espèces intellectuelles, — Un certain air. — Perte de la créature en Dieu. — La possession divine.
Deus noster ignis consumens est.
Notre Dieu est comme un feu qui consume tout. (Hebr., x11, 29.)
Après les persécutions sanglanies dont les RR. PP. Jésuites avatent été victimes chez les
1 À cause de la haute importance et de l'extrême délicatesse des matières traitées dans ce chapitre et dans les deux chapitres suivants, on s'y est rapproché le plus possible, dans les passages les plus difficiles, du texte de l'ouvrage de dom Claude Martin.
Iroquois, la dispersion de la petite Église huronne et l’arrivée à Québec de ses glorieux débris, les derniers jours de l’année 1650 avaient encore été marqués, on s'en souvient, par l'incendie du premier monastère. Tant de malheurs accumulés, loin d'abattre la sainte énergie de notre vénérée Mère, n'avaient fait que l'exciter, au contraire, On sait avec quelle activité, étant de nouveau élue supérieure, elle se mit à l'œuvre, relevant autour d’elle tous les courages et la confiance de toute la colonie,
Mais tandis qu’elle rebâtissait l'édifice extérieur, Dieu se plaisait à consommer de plus en plus son ouvrage de sanctification dans le sanctuaire de cette âme d'élite. Laissons-la nous raconter elle-même quelque chose de ce travail intérieur et divin.
« L'état dans lequel Notre-Seigneur m'a établie, depuis que je suis entrée en charge de supérieure pour la seconde fois, est un état de victime continuel, plus spirituel et plus pariait qu'à l'ordinaire, qui en diverses manières me consume par son esprit. Quoiqu'il soit assez difficile d’en parler, j'en dirai néanmoins quelques particularités, et, puisque l’obéissance m'y oblige, je ferai ce qui me sera possible avec l’aide du divin Esprit, qui me comble sans cesse de ses miséricordes. J'oserai donc dire, pour commencer, que la bonté et la magnificence de mon divin Époux m'a fait la grâce de me communiquer les effets des divines paroles qu’il a dites dans son sermon des huit béatitudes. Je ne présume pas néanmoins que cela soit dans le degré de perfection qu’il
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