TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE 1V
pour s'enfoncer plus avant dans l'épaisseur des brouillards ». Ce fut alors que, recourant à la très sainte Vierge, elle reçut de cette divine Mère et de son divin Fils des caresses d’une telle suavité, que son âme se sentit tout embrasée de zèle et d'amour.
Nous voici arrivés au moment où cette circonstance prophétique va se réaliser. Il y avait un an à peine que M”° de la Peltrie avait posé la première pierre du monastère dont elle devait être, ce semble, la providence visible, lorsque Dieu permit qu’elle abandonnât tout à coup sa famille adoptive de Québec, qui avait jusque-là vécu surtout de ses pieuses largesses, pour s’avancer plus avant dans les terres, dans la pensée d'y faire connaître le nom de Jésus-Christ. Son but était assurément très louable, mais était-il inspiré par un vrai sentiment de sagesse et une juste appréciation des choses ? C’est ce dont il est bien permis de douter. Voici ce qui donna lieu à cette détermination.
« Vers la fin de l'été de 1641, M. de Maisonneuve, suscité de Dieu par des voies extraordinaires, débarquait à Québec avec M"° Mance et une troupe de braves, pour aller planter l'étendard de la croix et de la France sur l’île de Montréal. Entraînés par cet esprit religieux et chevaleresque, ils venaient y établir une colonie et servir de rempart aux incursions des Iroquois. Comme la saison était trop avancée pour commencer leur établissement, ils passèrent l’hiver à Sillery, chez M. de Puiseaux, vieil-