QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE III
état à cause de sa trop grande abondance et fécondité'. Cette volonté, ainsi libre, demeure alors comme une reine qui jouit de son divin Époux dans des privautés dont les Séraphins seuls pourraient
1 « Par ces paroles, dit textuellement dom Claude Martin, notre Mère semble résoudre une difficulté des plus considérables de la vie mystique, savoir : si la volonté peut arriver à un tel degré d'amour que sa chaleur lui serve de lumière, en sorte qu'elle n'ait plus besoin de celle de l'entendement, Car il y a des contemplatifs fort éclairés qui estiment que la volonté se peut passer de l'entendement, et qu'elle s'en passe quelquefois en effet. Les autres, au contraire, raisonnant sur la subordination nécessaire de ces deux puissances, assurent que cela est impossible, et que l'âme ne peut rien aimer que par la volonté, pour embrasée qu'elle soit, qu'elle ne le voit par l'entendement. Quoique notre Mère semble d'abord être du sentiment des premiers, elle penche néanmoins bien plus du côté des autres; mais en effet elle est du sentiment des deux partis, car elle ne retranche pas absolument la lumière de l'entendement, mais seulement son abondance et sa fécondité comme préjudiciables aux opérations de l'amour, et quand elle dit que la volonté n'avait plus besoin de l'entendement pour lui fournir de quoi fomenter son feu, elle dit indirectement qu'elle en avait encore besoin pour autre chose, savoir, pour lui découvrir son objet. Ainsi elle résout judicieusement, à mon avis, cette grande difficulté : car il est certain que la volonté peut aimer et jouir sans l'entendement, c'est-à-dire sans ses raisonnements et sans les grandes découvertes qu'il fait dans la ferveur de l'esprit. Et il est encore véritable qu'elle ne peut aimer ni jouir sans l’entendement, c'est-à-dire sans une lumière simple et une simple pensée, car elle ne peut aimer un objet si elle ne le voit, et elle ne le peut voir que par l'entendement, qui est son œil. Mais parce que la simplicité de cette lumière ou pensée est imperceptible au temps de la fruition, et que l'activité de l'amour aveugle l'entendement à luimême et ne lui permet pas de réfléchir sur son opération, l'on se persuade facilement que la volonté aime et jouit sans l'entendement. Tout ainsi que quand on s'applique avec ardeur à une lecture qu'on aime, on ne pense point du tout à la lumière, et ce défaut de pensée et de réflexion ferait facilement dire que l'on n'en a point eu du tout, si la raison ne persuadait le contraire. » (Vie de la Mère de l’Incarnation, liv. IV, ch. 11, p. 652.)
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