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parler... Des années se passent de la sorte; mais ce divin Esprit veut encore triompher de la volonté, et bien que ce fût lui qui opérât en elle ses divines motions et lui faisait chanter son continuel épithalame, il ne la peut souffrir ainsi; car cette volonté mêle à son action divine quelque chose qui le rend encore jaloux, et le détermine à s’en rendre le maître absolu. Il la purifie donc de ce reste, et, comme il est amour, il est vrai de dire qu’il est fort comme la mort, et que sa jalousie est dure et inexæorable comme l'enfer, qui ve pardonne à personne. Ses lampes sont des feux et des flammes, de telle sorte qu'il faut, sans rémission, qu’elles consument tout. En cet état, l’amoureuse activité de l'âme, quoique très délicate, qui jusque-là dans les embrassements de l'Époux surpassait toute douceur, et qui, comme une chaîne qui n'a point de bout, liait et concentrait la volonté dans la possession de son souverain bien, cette amoureuse activité, dis-je, est comme arrêtée, et la volonté subit à son tour le sort de l’entendement... Tel est l'état de victime où le Saint-Esprit, infiniment zélé pour la pureté des épouses du Fils de Dieu, les réduit peu à peu afin de les mettre dans l'état où il les veut pour prendre en elles ses délices, et y demeurer comme en sa couche de prédilection !. »
On ne saurait trop faire observer, surtout quand il s’agit de la volonté, qu'il ne convient pas de
1 Dom Claude Martin, liv. IVe, ch. n.
N QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE III 271 is ce | prendre trop à la lettre certaines expressions qui se onté, trouvent assez fréquemment sous la plume de notre vines vénérée Mère de l’Incarnation, comme d’ailleurs >itha- dans les ouvrages de spiritualité des auteurs les lonté plus en renom, tels que saint Jean de la Croix, rend sainte Thérèse, saint François de Sales, Quand ces re le grands écrivains mystiques parlent d'anéantisse- >, et, ment, de trépas de la volonté, ils n’entendent pas ‘il est
parler d’une suppression absolue de tous les actes de cette faculté souveraine, ainsi que l'ont cru les à per- faux mystiques, mais seulement de la cessation des
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es, de opérations délibérées faites par le raisonnement, ou s con- par une activité naturelle qui empêcherait ou trouité de blerait les communications divines'. Le grand éloge ans les fait par l’illustre évêque de Meaux, dans son beau >uceur, traité des États d’oraison, des voies mystiques de bout, notre vénérée Mère et du livre que son fils a consion de sacré à sa mémoire, et dont ce travail n'est qu'une dis-je, bien imparfaite reproduction, suffit surabondamn tour ment, d’ailleurs, à rassurer la juste susceptibilité de vic- qu'il convient d'apporter en une matière si relevée pour la | et d’une si grande importance.
uit peu Mais ce trépas de la volonté, quelque amoureux es veut qu'il soit, ne laisse pas cependant d'être accommeurer pagné de grandes souffrances pour la nature. Aussi cherche-t-elle à reprendre et à faire revivre cette quand volonté ainsi sacrifiée, Ce que voyant l'Époux divin, pas de
1 Saint François de Sales, Trailé de l'amour de Dieu, liv, IX et X.
toujours inexorable en matière de pureté à l'égard de son épouse, il la purifie de plus en plus, en lui demandant encore le sacrifice de cette dernière inclination naturelle. Alors seulement il est satisfait, et la volonté ayant perdu, en quelque sorte, son activité et même cette inclination dont nous venons de parler, l'âme se trouve réduite à sa plus simple expression et demeure, par un amour actuel, dans les embrassements du suradorable Verbe incarné, son époux. Cet état est un doux et amoureux respir{ qui ne finit point, c’est un commerce d'esprit à esprit qui fait dans l'âme ce que saint Paul expérimentait en lui-même lorsqu'il disait : Jésus-Christ est ma vie, et ma vie est Jésus-Christ; ce n’est pas moi qui vis, c’est Jésus-Christ qui vit en moi.
Par ce doux et amoureux respir € qui ne finissait pas, et qui était un commerce ineffable d'esprit à esprit et d'esprit en esprit » entre l’Époux et l'épouse, il ne faut pas entendre une sorte de respiration intellectuelle, s’il nous est permis de parler ainsi, ou un mouvement de l'esprit, et bien moins encore quelque chose de matériel et de sensible, mais une amoureuse opération toute spirituelle de l'âme qui est bien supérieure encore au baiser de la bouche, dont il est parlé au livre des Cantiques. Dom Claude Martin la compare au baiser des colombes, « qui, en se baisant, dit-il, respirent mutuellement l’une dans l'autre, recevant et rendant sans cesse, par
1 Saint Jean de la Croix, Vive flamme d'amour, Cant., 1v, v. 3.
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