QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE III
leur mutuelle respiration, le même air et le même esprit !. »
Notre Mère de l’Incarnation, expliquant ailleurs une opération si sublime, s'exprime ainsi : « Le respir doux et amoureux qui suit l’anéantissement des puissances (c’est-à-dire le propre agir de ces mêmes puissances) doit s'entendre de cette sorte, que de même que notre vie naturelle se soutient et se maintient par la respiration, sans laquelle il faudrait mourir, ainsi l’âme, étant libre de l'opération de ses puissances, ne vit plus que de la vie de son Époux, sans laquelle elle serait réduite au néant. Dans son intime union avec lui, elle respire la même vie qu'il lui influe lui-même, et c'est ce que j'appelle commerce d'esprit à esprit, et d'esprit en esprit. » -
Toutefois cette sublime opération n’était pas encore si parfaite, au gré du divin Époux, qu’elle ne donnât matière à une nouvelle purification. Mais Claude Martin n’a pu nous en révéler le secret. Gardonsnous bien de vouloir nous-même essayer de le pénétrer, et contentons-nous de répéter, en présence de tous ces ineffables mystères d'amour et d'union mystique, ces paroles de saint Paul : O altitudo divitiarum sapientiæ et scientiæ Dei, quam incom-
prehensibilia sunt judicia ejus et investigabiles viæ ejus *!
1 Dom Claude Martin, liv. IVe, ch. 1v, addition. 2 Jd., ibid.
$ Rom., x1, 33.
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Tel est le travail de purification spirituelle que le Saint-Esprit se plaisait à accomplir dans cette âme vraiment séraphique , pour la rendre de plus en plus agréable à ses yeux. Mais notre grande mystique est allée plus loin encore. Elle s’est efforcée de nous donner une idée des rapports ineffables et réciproques de l’Époux divin avec son épouse, quand celle-ci a passé par les cinq degrés d’immolation ou de purification dont elle vient de nous parler. Suivons-la encore avec le même respect et la même admiration dans ce sanctuaire intime de son âme où se consomme, avec d'inénarrables témoignages réciproques d'amour et de tendresse, la parfaite alliance mystique avec le Verbe divin.
« Mon âme expérimente (c’est encore notre Mère qui parle) qu'étant dans l’intime union avec le Verbe incarné, elle y est de même avec le Père éternel et avec le Saint-Esprit. Cette expérience est fondée sur la vérité et la certitude de ce que cet adorable Seigneur et Maître disait à ses apôtres, dans le dernier entretien qu'il eut avec eux et dans l’oraison -qu'il fit à Dieu son Père; car, répondant à saint Philippe qui lui avait demandé qu'il lui fit voir son Père, il lui dit : Philippe, qui me voit, voit aussi mon Père. Comment dites-vous : Montrez-nous votre Père? ne croyez-vous pas que je suis en mon Père, et que mon Père est en moi? Cette sorte d'union est très haute et très pure, et quoique je
parle ici du sacré Verbe incarné, ce n'est pas que j'en aie une espèce imaginaire, mais tout se passe
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