‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 160 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE Ill · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE Ill

dans une pureté et simplicité spirituelle, où mon âme expérimente que le Père et le Verbe incarné ne sont qu'une même chose avec leur Esprit adorable, sans qu’elle confonde leur personnalité, Or ces motions, ces impressions, ces opérations font que Lk: même Esprit me fait parler tantôt au Père éternel, tantôt au Fils, et tantôt à lui-même sans que j'y fasse réflexion. Je me trouve disant au Père : O Père, au nom de votre très aimé Fils, je vous dis cela; et au Fils : Mon Bien-Aimé, mon cher Époux, je vous demande que votre Testament soit accompli en moi, ou d’autres choses que ce divin Esprit me suggère, et j'ai comme une expérience certaine que c'est le Saint-Esprit qui me lie de la sorte au Père et au Fils. Il m'arrive aussi fort souvent de lui dire à lui-même : Divin Esprit, dirigezmoi dans les voies de mon divin Époux. Je suis sans cesse dans ce divin commerce d'une manière si délicate, si simple, si ravissante, qu'elle ne peut me permettre aucune expression : ce n’est pas un acte, c'est un respir; c'est un air si doux dans le centre de l’âme, où est la demeure de Dieu, que, comme je l’ai déjà dit, je ne puis trouver de termes pour m'expliquer. Mes regards à cette suradorable Majesté portent avec eux ce que l'Esprit me pousse à lui dire; et c'est par lui que je parle, car, dans ce commerce d'esprit à esprit dont la divine Majesté veut honorer ma bassesse, je ne puis absolument rien que par sa motion très simple. Si donc elle est si simple, comment ma langue ou ma plume diraient-

elles ce que c’est, puisque mon esprit même a de la peine à la distinguer à cause de sa très grande simplicité ou pureté qui augmente toujours de plus en plus? Tout le temps de ma retraite des exercices spirituels d'où je sors s’est passé de la sorte, et aujourd’hui ce qui a été imprimé dans mon esprit, ç'a été ce discours de Notre-Seigneur : Je suis la vigne, et mon Père est le vigneron; il retranchera toutes les branches qui ne portent point de fruit en moi, et il taillera toutes celles qui portent du fruit, afin qu'elles en portent davantage. Ce passage me montrait les raisons des divers états de purgation par lesquels j'ai passé et que j'ai exposés plus haut. Il me montrait combien il est important d’être uni à la divine Vigne, le suradorable Verbe incarné, pour n'avoir de vie que par sa sève, qui est son divin Esprit, et il me faisait voir enfin que c’est le haut point de la vie spirituelle et la consommation des saints de n'avoir plus de vie qu'en lui, par lui et pour lui!. »

Mais comment se faisait cette union si haute et si pure? Était-ce par des impressions imaginaires, ou d'une manière purement intellectuelle ? Notre Mère nous dit, il est vrai, que tout se passait dans une parfaite pureté et simplicité spirituelle. Mais, comme eile ne nous dit pas comment l'humanité sainte du Sauveur se spiritualisait en son esprit, son fils la pria un jour de s'expliquer davantage sur

4 Dom Claude Martin, liv. IVe, ch. v, adaition.

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