‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 163 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE III

m'expliquer); c'est une chose si haute, si ravissante et si divine, si simple, si pure et si élevée, que je ne la puis exprimer, sinon que je suis en Dieu, possédée de Dieu, et que Dieu m'aurait bientôt consumée par sa subtilité et son efficacité amoureuse, si je n'étais soutenue par une autre impression objective qui succède à celle-là, sans la détruire, mais qui en modère la grandeur et la force, »

« Cette disposition n'était autre chose, dit textuellement Claude Martin, qu'une aspiration surnaturelle et suréminente par laquelle, pour lui marquer extraordinairement son amour, Dieu prit une véritable et réelle possession de son âme.

« Pour expliquer une opération si subtile et si peu usitée, nous nous servirons d'une comparaison assez exacte, quoiqu'elle soit absolument indigne d'un sujet si haut et si divin. Mais comme on ne peut mieux faire connaître la beauté de la lumière, qui est la chose du monde la plus belle, qu’en la comparant et en l’opposant à la nuit, qui est l'obscurité et la laideur même, ainsi nous ne croyons pas pouvoir mieux faire comprendre l’excellence de la possession que ce Dieu de lumière prit de l’âme de notre Mère, qu'en la comparant à la possession que le prince des ténèbres prend quelquefois des corps. Quand le démon possède un corps, il s’en rend tellement, en effet, le maître, qu'il en est comme l'âme. C'est lui qui fait parler la langue, qui fait

1 Dom Claude Martin, liv. IVe, ch. v, addition.

regarder les yeux, qui donne le mouvement à tous les membres, en sorte qu'il semble que le corps n’ait de l'être, de la vie et de l'action que par l’esprit impur qui le possède.

« Il en était de même de Dieu à l'égard de cette âme qu'il avait purifiée et rendue digne de ses plus grandes faveurs. Il la possédait si intimement et d'une manière si pénétrante et si vive, que si jamais cette parole de saint Augustin s’est trouvée véritable, à savoir, que « Dieu est l'âme de l’âme du juste », c'est en la personne de cette dévote Mère; car, étant si suavement possédée de Dieu, elle semblait ne subsister que par son être divin, ne vivre que de sa vie et n'opérer que par son action,

« Dieu, possédant toutefois cette âme éminente, « non par une simple impression, » ainsi qu'elle le déclare, mais par une opération très intime si haute, si ravissante et si divine, qu'elle ne se peut expliquer, elle ressentait en même temps quelque chose de si pénétrant et si subtil, qu’elle en eût été bientôt consumée si elle n'eût été soutenue par une autre impression objective qui succédait à celle-là, et qui, sans la détruire, en modérait un peu la grandeur et l'excès. Car Dieu est un feu consumant et un esprit absorbant qui ne peut faire alliance avec la créature sans la détruire, à moins qu'il ne la soutienne par quelque qualité ou grâce divine, ou qu'il ne s’abaisse lui-même en modérant l'éclat de sa majesté et de sa puissance.

1 Dom Claude Martin, liv. IV, ch. vi, p. 668, 669.

tous corps l’es-

cette s plus nt et amais vérime du Mère; e sem- > vivre |

inente, elle le haute, expli-

e chose é bienar une elle-là, peu la sumant alliance qu'il ne divine, l'éclat

Page 1