QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE IV
travaux, ni les privations les plus amères; car elle trouve dans ces sacrifices l’occasion de prouver à son divin Bien-Aimé l’ardeur de son amour.
Cette disposition d'oraison est souvent d’ailleurs la récompense des travaux et des sacrifices que cette âme s'est imposés pour Dieu, et comme « le fruit savoureux de ses vertus ». Il ne faudrait pas toutefois confondre cette quiétude, ce repos des puissances avec la suspension de ces mêmes puissances qui ne se manifeste que rarement en cet état d’oraison, mais bien dans les états supérieurs.
Dans l’oraison de quiétude dont il est ici question, ces puissances se reposent seulement, mais ne sont point suspendues et purement passives. Écoutons un instant saint François de Sales nous décrivant, avec les ineffables charmes de son style, les commencements et la suite de ce merveilleux état d’oraison : « Il arrive quelquefois que Notre-Seigneur répand imperceptiblement au fond du cœur une certaine douce suavité qui témoigne sa présence, et alors les puissances, et même les sens extérieurs de l'âme, par un certain secret consentement, se retournent du côté de cette intime partie où est le très aimable et très cher époux ; car ainsi qu'un nouvel essaim, ou jeton de mouches à miel, lorsqu'il veut fuir et changer de pays, est rappelé par le son que l'on fait doucement sur des bassins, ou par l'odeur du vin emmiellé, ou bien encore par la senteur de quelques herbes odorantes, en sorte qu'il s’arrête par l’amorce de ces douceurs et entre dans la ruche
qu'on lui a préparée, de même Notre-Seigneur prononçant quelque secrète parole de son amour, ou répandant l'odeur du vin de sa dilection plus délicieuse que le miel, ou bien évaporant les parfums de ses vêtements, c'est-à-dire quelques sentiments de ses consolations célestes en nos cœurs, et par ce moyen leur faisant sentir sa très aimable présence, Notre-Seigneur, dis-je, retire à soi toutes les facultés de notre âme, qui se ramassent autour de lui et s'arrêtent en lui comme en leur objet très désirable. Qu'on place un morceau d'aimant entre plusieurs aiguilles, on verra soudain toutes les pointes se retourner du côté de leur aimant bien-aimé, et venir s'attacher à lui; ainsi, lorsque Notre-Seigneur fait sentir au milieu de notre âme sa très délicieuse présence, toutes nos facultés retournent leurs pointes de ce côté-là pour se venir Joindre à cette incompa-
rable douceur...
« Remarquez donc retenez qu’en somme tout ce recueillement se fait
par l'amour, qui, sentant la présence du Bien-Aimé par les attraits qu'il répand au milieu du cœur, ramasse et rapporte toute l’âme vers lui par une très aimable inclination, par une très douce conversion et par un délicieux repli de toutes les facultés du côté du Bien-Aimé, qui les attire à soi par la force de sa suavité, avec laquelle il lie et tire les cœurs, comme on tire les corps par les cordes et les liens
soigneusement, Théotime,
matériels !. »
1 Trailé de l'amour de Dieu, liv. VI, ch. vu.
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