‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 171 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE 1V · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE 1V

Après le recueillement des puissances, notre Mère de l'Incarnation distingue dans l'oraison de quiétude une autre disposition qu’elle appelle le silence intérieur, C’est une disposition purement passive, dans laquelle l'âme ne peut ni parler de Dieu ni se parler à elle-même. Tandis que dans la contemplation ordinaire tout parle, le cœur par ses désirs, la mémoire par ses souvenirs, l'entendement par ses réflexions, l'imagination par ses images, dans cette dernière disposition, au contraire, tout garde le silence. Le cœur demeure lié et ne peut plus exprimer ses affections, la mémoire est inerte et ne conserve plus qu’un simple souvenir de Dieu, l’entendement demeure comme suspendu dans une admiration qui, si elle n’est pas une extase proprement dite et complète, en est du moins un commencement. L’imagination elle-même demeure fixée et immobile et ne peut plus se représenter quoi que ce soit. Dans ce silence, Dieu parle quelquefois et l'âme l'écoute; quelquefois aussi il se tait lui aussi, et alors l'âme se contente d'être en sa présence, de le regarder d’une manière toute simple, et de savoir

lents parfums. On ne voit, il est vrai, ni la lumière du feu ni l'endroit où il est; mais la chaleur et la fumée odoriférante pénètrent l'âme tout entière, et souvent, comme je l'ai dit, le corps lui-même y participe. Ne vous imaginez pas néanmoins, mes filles, que l'on sente de la chaleur et qu'on respire un parfum : c'est une chose beaucoup plus délicate, et je me sers de ces termes pour vous en donner quelque intelligence. Il ne me paraît pas qu'alors les puissances de l'âme soient unies à Dieu; il me semble seulement qu'elles sont comme enivrées et saisies d'étonnement à la

vue des merveilles qu'elles découvrent. » (Le Château intérieur, 1Ve demeure, ch, vir.)

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qu’il voit ses pensées et ses désirs, ses qu'elle éprouve d'ailleurs le besoin de les lui manifester. Enfin la Mère de l’Incarnation désigne la troisième disposition de l'oraison de quiétude sous le nom de sommeil spirituel et mystique. Dans cet état, l’âme, toute rassasiée de Dieu et tout enivrée des plaisirs de sa quiétude, se repose amoureusement sur son sein, comme un enfant qui s'endort sur le sein de sa mère, après s'être surabondamment nourri de son lait. Notre Mère a reconnu par sa propre expérience : que dans cette disposition les puissances sont encore moins actives que dans le silence; car, dans le silence, l’entendement peut encore regarder Dieu, bien qu’il ne le regarde que d’un regard très simple, tandis que, dans le sommeil mystique, toutes les facultés sont entièrement arrêtées, à l'exception du cœur qui veille, selon l'expression des Cantiques, et qui adhère paisiblement à son divin objet. Écoutons encore ici le docteur mystique, le doux et profond saint François de Sales, sur ces deux dernières dispositions de l'oraison de quiétude : « Certes, les époux humains se contentent parfois d'être auprès ou à la vue de l'épouse, sans lui parler, et sans discourir extérieurement ni d'elle ni de ses perfections ; rassasiés, ce semble, et satisfaits de savourer cette bien-aimée présence, non par aucune considération qu’ils fassent sur elle, mais par une certaine tranquillité et un repos que leur esprit prend en elle. Mon bien-aimé m'est un bouquet de myrrhe‘. Mon bien-aimé est à

1 Cant. cant., 1, 12.

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