‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 175 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE IV

continuell expérience; car c’est en cette manière que Dieu lui parlait intérieurement, lui découvrait les choses à venir, lui déclarait les desseins qu'il avait sur elle, et lui marquait même de quelle manière elle les devait exécuter. Elle avait ainsi, dans le fond de son intérieur, comme un oracle sacré qui, étant interrogé, donnait aussitôt une réponse claire et assurée. Voici ce qu’elle en dit elle-même : « La parole intérieure se dit subitement dans le fond de l’âme et porte en un moment son effet. Elle ne laisse aucun lieu de douter ni même d’hésiter que c’est Dieu qui parle dans l'âme, mais elle se la rend soumise avec tout ce qui est dans la créature, et la chose arrive infailliblement comme elle a été signifiée. Cette parole intérieure est semblable au langage de l'esprit; ce n’est pas une simple aspiration qui excite l’âme, ni un son qui frappe l'oreille du corps, ni aucune chose qui se fasse par actes ou avec succession, mais c'est comme une impression claire et distincte qui se fait tout d'un coup dans l'esprit ; et, quoiqu'elle dise des choses qui ne se pourraient exprimer au dehors que par une longue suite de paroles, l'âme l'entend et la distingue bien, et elle sait assurément qui est celui qui lui a parlé, de sorte qu’elle expérimente la vérité de ce que dit Notre-Seigneur : Mes brebis entendent ma voix, »

Cette explication de la parole intérieure fait com-

4 Dom Claude Martin, ch. x, addition, p. 689.

prendre en peu de mots tout ce que les plus éclairés mystiques en ont écrit en de longs traités. Nous nous permettrons d'ajouter seulement que l'on en distingue deux sortes : les unes sont imaginaires, elles se forment immédiatement dans l'imagination par une opération de Dieu lui-même, qui parle distinctement à cette faculté, sans l'intermédiaire ordinaire des sens.

Les autres sont intellectuelles ; Dieu, ou un ange de sa part, les profère directement à l'esprit, sans qu’elles passent par les sens ni par l'imagination. Elles se disent encore bien plus promptement que les imaginaires, parce qu'elles ne sont autre chose qu’une lumière spirituelle qui s’élève subitement dans l'esprit, et découvre la vérité que Dieu veut faire connaître. Or ce sont proprement ces paroles intellectuelles que notre Mère vient d'expliquer, et qui sont semblables au verbe de l’entendement qu’elle appelle le langage de l'esprit.

« Dieu parle à l’âme sans paroles, dit de son côté sainte Thérèse. C’est un langage tellement du ciel, que nul effort humain ne le peut faire comprendre, si le divin Maître ne nous l’enseigne par expérience. Il met bien avant dans l’intime de l’âme ce qu'il veut faire entendre, et là il le lui représente sans image ni forme de paroles, mais par le même mode que la vision (intellectuelle). Par ce genre de langage, le Seigneur veut, selon moi, donner à l’âme une certaine connaissance de ce qui se passe au ciel. Il l’initie à ce parler sans paroles qui est la langue

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