‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 177 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE IV

qu’il tire immédiatement de ses trésors, ou se servant de celles qui ont tiré leur origine des sens, en les disposant de telle sorte, qu’elles puissent représenter les choses qu'il veut révéler. Quelle que soit son origine, cette espèce admirable n'a rien de terrestre, de corporel ou de figuré, parce que c’est une représentation lumineuse, ou plutôt une lumière toute pure qui porte en elle-même la ressemblance de Dieu ou des vérités révélées. C’est par une semblable espèce que la Mère de l’Incarnation jouissait de la vue de son divin Époux et que celui-ci l’honorait de sa présence. C'est encore de la sorte que la sainte Vierge l’accompagnait partout, lorsqu'elle dirigeait les travaux de la reconstruction de son monastère après l'incendie. Ces sortes de visions intellectuelles sont une des plus hautes faveurs spirituelles qui puissent être accordées à une âme en cette vie !.

1 Voici ce qu'en dit sainte Thérèse : « Le jour de la fête du glorieux saint Pierre, étant en oraison, je vis ou, pour mieux dire, car je ne vis rien ni des yeux du corps ni de ceux de l'âme, je sentis près de moi Notre-Seigneur Jésus-Christ, et je voyais que c'était lui qui me parlait. Comme j'ignorais complètement qu'il püt y avoir de semblables visions, j'en conçus une grande crainte au commencement, et je ne faisais que pleurer. A la vérité, dès que cet adorable Maitre me disait une seule parole pour me rassurer, je demeurais, comme de coutume, calme, contente et sans aucune crainte. Il me semblait qu'il marchait toujours à côté de moi; néanmoins, comme ce n'était pas une vision imaginaire, je nc voyais pas sous quelle forme. Je connaissais seulement d'une manière fort claire qu'il était toujours à mon côté droit, qu'il voyait tout ce que je faisais, et, pour peu que je me recueillisse ou que je ne fusse pas extrêmement distraite, je ne pouvais ignorer qu'il était près de moi...

Quelquefois cette lumière divine croît d’une telle manière, qu'elle fait voir les vérités divines comme intuitivement et à découvert. Alors elle ravit l'esprit et suspend l'usage des sens, et c’est de la sorte que notre Mère a vu, dans ses ravissements merveilleux dont nous avons parlé, l'unité de l'essence de Dieu, la distinction et les propriétés des personnes divines et la subordination des anges avec leurs diverses opérations !.

« Que si je dis que je ne vois Notre-Seigneur ni des yeux du corps ni de ceux de l'âme, attendu que la vision n'est point imaginaire, on me demandera sans doute comment je puis savoir et affirmer qu'il est près de moi avec plus d'assurance que si je le voyais de mes propres yeux. Je réponds que c'est comme quand une personne, ou aveugle, ou dans une très grande obscurité, n'en peut voir une autre qui est auprès d'elle, Toutefois ma comparaison n'est pas exacte, elle n’exprime qu'un faible rapport ; car la personne dont je parle acquiert par le témoignage des sens la certitude de la présence de l’autre, soit en la touchant, soit en l'entendant parler ou se remuer. Dans cette vision il n’y a rien de cela : point d'obscurité pour la vue; Notre-Scigneur se montre présent à l'âme par une connaissance plus claire que le soleil. Je ne dis pas qu'on voit ni soleil ni clarté, non; mais je dis que c'est une lumière qui, sans qu'aucune lumière frappe nos regards, illumine l'entendement, afin que l'âme jouisse d'un si grand bien. Cette vision porte avec elle de très précieux avantages.

« Dans cette vision, sans se montrer sous une forme sensible, Notre-Seigneur s’imprime dans l'entendement par une connaissance souverainement claire, qui exclut le doute. Il veut que cette connaissance y demeure si profondément gravée, qu'elle produise une certitude plus grande que le témoignage des yeux; car, pour ce qui frappe notre vue, il nous arrive quelquefois de douter si ce n'est point une illusion. Ici le doute peut bien se présenter au premier instant, mais il reste d'autre part une ferme certitude que ce doute est sans fondement. » (Vie de sainte Thérèse écrite par elle-même, ch. xxvi.)

4 « A la vérité, dit encore sainte Thérèse, expliquant ce dernier phénomène, ce ravissement simultané des puissances et des

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