‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 178 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE IV

« Le troisième et le plus sublime état d'oraison, dit notre Mère de l’Incarnation, est le divin mariage dans lequel Dieu s’est tellement emparé de l’âme, qu'’Il est comme le fond de sa substance. Ce qui s'y passe est si subtil et si divin, que l’on ne peut en parler comme il faut ; c’est un état permanent où

sens, qui leur enlève tout mouvement propre, ne se manifeste que de temps en temps, et il est de courte durée; souvent les puissances ne sont point suspendues, ni les sens ravis, mais conservent parfaitement leurs opérations naturelles. Ce ravissement complet et général n'a pas toujours lieu dans la contemplation, il est même fort rare; mais dès qu'il existe, je le répète, il n'y a plus de notre part aucune opération, aucun acte, et Dieu fait tout en nous. Par ce langage divin, la vérité nous est infuse de la même manière que se trouverait en nous un aliment que nous n'aurions pas mangé, ignorant par quelle voie il nous a été incorporé, mais bien certains du fait. Il y a néanmoins cette différence : ici la nature de l'aliment nous resterait inconnue, ainsi que celui qui l'a mis en nous, tandis que pour cette vérité infuso je sais ce qu'elle est, et qu'elle me vient de Dieu; seulement j'ignore comment il l'a mise en moi; car je ne l'ai point vu, je ne puis le comprendre, mon âme n'en avait jamais eu le désir, il ne m'était pas même venu dans l'esprit que cela püût être.

« Dans ces paroles dont j'ai traité précédemment, Dieu rend l'entendement malgré lui attentif à ce qu'il lui dit. Donnant à l'âme comme une faculté nouvelle d'entendre, il la force à écouter et l'empêche de se distraire. Elle est à peu près comme une personne d'une ouïe excellente, à laquelle on parlerait de très près et à haute voix, sans lui permettre de se boucher les oreilles; bon gré, mal gré, il faudrait qu'elle entendit. Toujours serait-il vrai qu'elle fait quelque chose, puisqu'elle est attentive à ce qu'on lui dit. Mais ici l'âme ne fait absolument rien, elle ne prête même pas ce petit concours qui consiste à écouter. Sans aucun travail d'attention, elle trouve en elle la vérité, elle l'y trouve infuse, en sorte qu'elle n’a qu'à jouir, C'est comme si quelqu'un, sans apprendre, sans même avoir rien fait pour savoir lire, et sans avoir jamais rien étudié, trouvait en lui toute la science parfaitement comprise, ignorant de quelle manière et d'où elle lui est venue, puisque auparavant il n'avait jamais travaillé même à connaître

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