‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 181 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE IV

elle écrit, elle étudie, elle conduit les affaires temporelles, elle endure des tentations, elle souffre des maladies sans que rien des sublimes opérations qui s’accomplissent en elle ne paraisse au dehors. Loin même d'en être tant soit peu incommadée dans tous ses travaux extérieurs, son union avec Dieu produit en elle une lumière surnaturelle qui lui facilite son action au dehors.

Or c'était là, il est facile de s’en apercevoir après tout ce qui a été dit dar: cette histoire, l’état d’oraison ordinaire et habituel de notre Mère Marie de l'Incarnation. Elle a dit souvent, en effet, dans ses relations, qu’elle voyait Dieu d’une vue simple, claire, tranquille et uniforme, et qu’elle lui parlait dans une familiarité qui allait quelquefois jusqu’à des privautés et des caresses qui ne peuvent exister qu'entre une épouse et un époux. Ce sont bien là tous les caractères du mariage mystique. Ce qui nous confirme encore qu'elle était parvenue depuis longtemps à cet état, c'est que les ravissements et les extases qui lui arrivaient si fréquemment dans les commencements étaient devenus fort rares dans la suite de sa vie.

Toutefois cette sublime union n'était point si uniforme qu’elle n’eût, aussi bien que les autres états d’oraison, ses opérations et ses dispositions différentes. La première de ces dispositions était le respir doux et amoureux d'esprit en esprit et d'esprit à esprit dont nous avons parlé, par lequel l'Époux et l'épouse ont une même vie par la communication

d'un même esprit. Le second était l’air intime dans le fond de l’âme par lequel l'épouse se donne toute à l'Époux en se faisant seulement voir et comme par un simple signe, mais très fécond en pensées et en affections. La troisième et suprême disposition était la perte entière de l'épouse dans l’Époux, ainsi appelée, non sans doute parce que l'épouse y perd sa propre personnalité, mais parce que son être tout entier semble tellement absorbé dans celui de l’Époux qu’il semble ne plus exister, selon cette parole de notre Mère: « Dieu s'empare tellement de l’âme, qu’il semble être le fond de sa substance. »

Gardons-nous toutefois de rien imaginer de bas, de matériel, de sensible, dans ces rapports de Dicu avec l’âme qui lui est unie par le mariage mystique. Gardons-nous, non moins encore de rejeter sans examen attentif et approfondi tout ce qui vient d'être dit, comme étant de vaines imaginations où l'amour se mêle à la sensibilité. Ce sont là, au contraire, des réalités mystiques très certaines et incontestables et qui constituent l’état le plus solide et le plus fort de toute la vie spirituelle, puisque les sens et même la raison n'y ont aucune part, et qu’il n’est fondé que sur la foi, selon cette parole de l’Esprit-Saint : Sponsabo te in fide : « Je vous épouserai dans la foi. »

Tels sont les trésors renfermés dans la lettre adressée par notre Mère à son fils, à la date du 29 juillet 1665. L'année suivante, en septembre 1666, elle lui en adressait encore une -autre non moins

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