‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 185 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE V

embrassement de l’âme ! L’âme le sent parfaitement bien, et d'ordinaire elle y trouve d’ineffables délices. S'il se faisait toujours sentir à elle comme éveillé, il lui communiquerait toujours de nouvelles connaissances et de nouvelles ardeurs, et ce serait jouir par anticipation des gloires de la patrie. Si, en effet, pour une seule fois qu’il s’éveille en ouvrant un instant les yeux, il met l’âme dans un tel état d'ivresse, que serait-ce s’il était en elle continuellement et entièrement éveillé ?

« Quand l’Époux se réveille ainsi dans le sein de l'âme qui lui est unie, Il a coutume de respirer comme celui qui sort du sommeil. Cette respiration de Dieu comble l’âme de tant de biens et de gloire, qu'on ne les peut dire ni exprimer. C’est une espèce d'aspiration que Dieu fait à cette âme, dans laquelle, en ce réveil de connaissance sublime de sa divinité, le Saint-Esprit l’aspire avec proportion de ce qu’elle connaît, l'absorbant profondément en lui, et lui inspirant un amour très violent de ce qu'elle a vu. Car, l'aspiration étant pleine de biens et de gloire, le Saint-Esprit la comble de bonté et de gloire. Elle devient par ce moyen amoureuse de Lui pardessus toute gloire et tout sentiment ; ce que je passe sous silence, parce que cela ne peut être déclaré par une langue mortelle, »

Quelque admirable que soit cette comparaison, le témoignage de sainte Thérèse est néanmoins plus

1 La vive flamme d'amour, strophe 1v, v. 3.

clair et explicite encore. Après avoir raconté à ses dignes filles la vision de la très sainte Trinité dont l'âme est favorisée au moment de son alliance avec le Verbe divin, elle ajoute : « Depuis que cette âme a reçu cette faveur, elle est dans un étonnement qui augmente de jour en jour, parce qu’il lui semble que ces trois divines personnes ne l’ont jamais quittée ; elle voit clairement, de la manière énoncée plus haut, qu’elles sont dans l’intérieur de son âme, dans l'endroit le plus intérieur, et comme dans un abîme très profond ; cette personne étrangère à la science ne saurait dire ce qu'est cet abîme si profond, mais c'est là qu'elle sent en elle-même cette divine compagnie.

« Il vous semblera peut-être, mes filles, que l’âme dans cet état doit être si absorbée, qu'elle ne peut s'occuper de rien. Vous vous trompez ; elle se porte avec plus de facilité et d’ardeur qu'auparavant à tout ce qui est du service de Dieu ; et, dès que les occupations la laissent libre, elle reste avec cette agréable compagnie. Pourvu qu'elle soit fidèle à Dieu, jamais à mon avis Dieu ne manquera de lui donner cette vue intime et manifeste de sa présence. Elle espère fermement que Dieu ne permettra pas qu'elle perde, par sa faute, une faveur aussi insigne, et elle a raison de l’espérer de la sorte ; toutefois elle marche avec plus de vigilance que jamais pour ne déplaire en rien à son divin Époux.

« Il faut remarquer que cette vue habituelle de la présence des trois divines personnes n’est point

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