QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE V
dont j'ai été l’objet de la part de l'imagination vers les choses extérieures et de la faiblesse de ma volonté qui me semblait avoir éprouvé un petit penchant de ce côté, j'en étais toute confuse. Car, bien que ces objets soient bons en eux-mêmes, je ressens un grand reproche intérieur d’avoir eu envie d’adhérer à ma curiosité. En cela je reconnais le grand amour que Notre-Seigneur me porte, de me faire ainsi oublier ces objets pour me cacher toute en lui!. » « Je me vois, dans mon état d’oraison, écrivaitelle encore vers les derniers jours de sa vie, perdue dans sa divine Majesté, qui depuis plusieurs années me tient avec elle dans un commerce, une liaison, une union, une privauté que je ne puis expliquer. C'est une espèce de pauvreté d'esprit qui ne me permet pas même de m'entretenir avec les anges, ni des délices des bienheureux, ni des mystères de notre Foi. Je veux quelquefois me distraire moi-même de mon fond, pour m'’arrêter à considérer leurs beautés, qui me plaisent beaucoup; mais aussitôt je les oublie, et l'esprit qui me conduit me remet plus intimement dans mon fond, où je me perds en Celui qui me plaît plus que toutes choses. J'y vois ses amabilités, sa Majesté, ses grandeurs, ses pouvoirs, sans que j'aie à faire aucune sorte de raisonnement ou de recherche, mais en un moment qui dure tou- Jours. Je veux dire ce que je ne puis exprimer, et, ne le pouvant exprimer, je ne sais si je le dis comme
1 Dom Claude Martin, IVe part, ch. x11, addition.
il faut, L'âme porte en ce fond des trésors immenses. Il n’y a rien de matériel, mais une foi toute simple qui dit des choses infinies, L’imagination, qui n'a aucune part à cet état, cherche à se repaître et voltige çà et la, comme pour trouver sa nourriture ; mais cela ne fait rien à ce fond, elle n’y peut arriver, et sun opération se dissipe. Ce sont pourtant des attaques qui, pour être faibles et passagères, ne laissent pas d'être importunes et des sujets de patience et d’humiliation. Dans cet état, les sens, soit intérieurs, soit extérieurs, n’ont point de part, ni l’entendement; toutes leurs opérations sont perdues dans ce fond où la Foi fait tout voir sans le secours des puissances ou facultés de l'âme, Tout, en un mot, est absorbé dans ce fond, où Dieu même agit et où son divin Esprit opère. Il y a près de cinquante ans que Dieu me tient en cet état, bien qu’il y ait eu néanmoins, en cet état foncier et permanent, des dispositions plus simples et plus intimes où la pureté de l'esprit est plus grande encore !, »
Par ces divers passages on voit assez, d'un côté, que l'imagination n’était point liée, chez elle, comme les autres puissances de l'âme, par cet attrait intérieur qui l’unissait constamment à son divin Époux, de sorte qu’elle se répandait sur une multitude d'objets extérieurs ou spirituels ; mais, d'un autre côté, on voit aussi que, malgré les sollicitations de l’imagi-
1 Lettres spirituelles. Lettre CXXVIIIe, à son fils, 25 septembre 1670.
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