QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE V
comme serait celui d'un séraphin, si bien que son
seul aspect suffisait pour exciter autour d'elle les
ardeurs du divin amour dans les âmes les plus
froides. Quand le temps de l'oraison était passé, il
fallait souvent faire des efforts pour lui faire entendre
qu’elle devait finir.
Elle disait souvent à ses religieuses pour les encourager à entrer bien avant dans les voies de l'union avec Dieu, qu’elle ne comprenait pas qu’une âme qui portait Dieu en elle, et pouvait s’entretenir à tout instant avec lui, pût consentir à se répandre au dehors dans les créatures; € car, disait-elle, on trouve dans ce divin entretien des consolations infiniment plus grandes et plus pures que ne seraient toutes celles de la terre ramassées ensemble. »
Pour elle, tout ce qu’elle faisait au dehors, elle le faisait en Dieu; tout ce qu'elle voyait, elle le voyait en Dieu; tout ce qu’elle disait, elle le disait en Dieu, et quant aux personnes, soit qu’elles fussent présentes ou éloignées, elle ne les regardait qu’en Dieu, selon cette parole qu’elle adressait un jour dans une lettre à son fils: « Aimons et servons notre Maître, notre exemplaire et notre tout. Je vous vois en lui, cherchez-moi en lui, et nous nous trouverons ensemble. »
« Je n'ai plus de paroles aux pieds de la divine Majesté, disait-elle dans une lettre du 8 octobre 1668, mes oraisons ne sont autres que ces mots : Mon Dieu, mon Dieu, soyez béni, à mon Dieu! Mes jours et mes nuits se passent ainsi, et j'espère que
sa bonté me fera expirer en ces mots, et qu’elle me fera mourir comme elle me fait vivre, J'ai dit: en ces mots ; je dirais mieux: en ces respirs, qui ne me permettent de faire aucun acte, et je ne sais comme il faut dire quand il faut parler de choses aussi épurées et aussi simples que celles-ci, qui consomment notre âme dans son souverain et unique bien, dans son simple et unique tout. »
Cette prière si simple était cependant complété et répondait à toutes les intentions de son cœur. En disant simplement : « Mon Dieu ! » elle exprimait à son divin Époux, mieux que par toutes les paroles, les pensées et les sentiments de son cœur. Toute son âme passait, en quelque sorte, dans le cœur de Dieu par ces amoureux respirs, et Dieu, de son côté, semblait passer en son âme comme l'air passe dans nos poumons par la respiration.
Ce sont là d’ineffables merveilles, que l’homme terrestre et animal ne comprendra jamais, mais que les âmes vraiment unies à Dieu ne se lasseront pas d'admirer. N'est-ce pas ici la parfaite réalisation de cette belle parole de saint Paul : Je vis, non plus moi ; mais c’est Jésus-Christ qui vit en moi ?
Une autre particularité bien importante que fait observer Claude Martin, c’est qu'en prononçant ces paroles : « Mon Dieu! mon grand Dieu! » ou autres semblables comme celle-ci: « Ma vie, mon tout, mon amour, ma gloire ! » notre Mère expérimentait, selon ses propres expressions, la plénitude de leur signification. Par exemple, quand elle pronon-
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