QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE V
servir d'horloge pour m'avertir de me tenir prête pour aller bientôt rendre compte à la divine Majesté de toute ma vie, et surtout du mauvais usage que j'ai fait de ses grandes grâces auxquelles j'ai si mal correspondu, que je brûlerai longtemps dans le purgatoire, si la divine miséricorde ne me soulage par les suffrages de l’Église. IL me semble que je suis bien riche de vous avoir, et en vous tous vos bons Pères. C’est pourquoi j'espère que vous y penserez sérieusement , afin que par vos sacrifices et par les leurs je puisse bientôt aller jouir de Celui que mon cœur et mon âme veulent aimer et bénir éternellement. Ah! que nous serons contents quand nous nous verrons dans cet emploi ! Il y a environ quarante ans, sa divine Majesté me fit la grâce de me faire connaître qu’elle voulait que je la louasse désormais comme les anges et les saints dans le ciel, et sa bonté me mit en état de le faire. De là sont venues pour moi de très grandes et magnifiques faveurs, mais il n’y a point de doute que je n’y aie mêlé beaucoup de moi-même et de mon propre fond par mes imperfections et égarements. Ce qui fait que je lui dis incessamment ce verset du Psalmiste : Delicta quis intelligit? Ab occultis meis munda me... !, »
Les élus iront de clartés en clartés, dit la sainte Écriture : Zbunt a claritate in claritatem. Ainsi en était-il de notre Mère aux approches de son départ
! Dom Claude Martin, liv. IV, ch. x; addition, p. 711,
RTE AA TE M RAT CE TT ; pe 1 RS, RANGS te
pour le ciel. De jour en jour l’aube radieuse de l'éternité et de la vision béatifique semblait s'élever peu à peu dans son âme, « Je m'aperçois quelquefois, et je ne sais si d’autres le remarquent, que, marchant par la maison, je vais chancelant; c'est que mon esprit pâtit un transport qui me consume. Je ne fais presque point d'actes dans ces occasions, parce que cet amour consumant ne me le permet pas !. »
Elle se plaint encore néanmoins de ce que Dieu quelquefois « semble se plaire à la rendre captive, comme une personne liée. Mais dans mes liens, ajoute-t-elle, je vois qu’il m'aime. bien que pourtant Je ne le puisse embrasser ? ». Ce sont les liens du corps qui retiennent encore ici-bas cette âme séra-
phique. Mais l’heure de la délivrance est proche, les portes de la radieuse éternité vont bientôt enfin s'ouvrir devant elle,
1 Dom Claude Martin, IVe partie, ch. xvi, p. 723. 2 Id., ibid,