QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VI
air de gravité et de retenue qui ressentait je ne sais quoi de céleste, il ne se pouvait voir néanmoins une personne plus commode et plus accorte!, »
Mais, quelque reflet qu’elle répande sur le corps, la beauté d’une âme sainte est tout intérieure; c'est la physionomie morale qu’il importerait surtout ici de considérer. Celle de notre vénérée Mère, arrivée au terme de sa carrière, pourrait être comparée à ces hauts sommets des montagnes que le soleil couchant illumine de ses feux, ou mieux encore à l'astre du jour lui-même descendant le soir à l’horizon, après un jour d'été, au milieu d’une atmosphère de pourpre et d'or. Plus elle avançait vers la fin, plus aussi sa vie religieuse devenait un parfait modèle de régularité. À l’âge de soixante-dix ans, elle était encore l’esclave de la règle, comme aux premiers jours de son noviciat. Sur ce point capital, sa vigilance ne connaissait et n'admettait, ni pour ellemême ni pour les autres, ces distinctions auxquelles la nature a quelquefois recours. Sa maxime invariable en cette matière était qu’une religieuse ne sera jamais fidèle aux points les plus importants de la règle, si elle n’a appris de bonne heure à en observer les moindres.
Aussi, voulant unir l’exemple au précepte, on ne la vit jamais, même pendant les années si laborieuses de sa supériorité, s’affranchir de la plus légère observance. Toujours levée le matin la première,
1 Dom Claude Martin, IVe partie, ch. xvur, p. 738.
c'est elle-même qui s'était chargée de sonner le réveil. Balayer le monastère, laver la vaisselle, servir à table, laver la lessive, étaient ses fonctions de prédilection. Elle ne voulut jamais consentir à en faire le sacrifice, Et quand on lui représentait qu'une supérieure a d’autres devoirs plus importants à remplir, elle se contentait de répondre que la supérieure, étant « la première en dignité, doit aussi surpasser toutes les autres dans l'humilité et l'observation des règles ».
Grâce à sa merveilleuse activité, elle parvenait à résoudre ce problème insoluble pour tant d’autres, d’être présente à tous les exercices de la communauté, sans omettre toutefois aucun des devoirs de sa charge. On raconte que c'était merveille de la voir congédier, au parloir, avec une grâce et une aménité parfaites, les personnes quelquefois les plus honorables, lorsque le son de la cloche venait à frapper ses oreilles,
Elle eut toujours une très grande horreur pour la singularité. Il n’est sacrifice qu’elle ne se soit imposé pour l’éviter. S'il lui arrivait quelquefois, après de longues journées de travail, d'être un peu en retard, le soir, pour ses prières de dévotion, elle ne se per mettait jamais de prolonger ses veilles au d là de l'heure marquée. Elle poussait mên esprit d’exactitude et d’assujettissement à la r.gle jusqu’à se priver quelquefois de la sainte communion pour se conformer aux usages ordinaires de la maison. Dans les dernières années de sa vie, lorsqu'elle était
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