QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VI
accablée sous le poids des plus pénibles infirmités et des plus rudes souffrances, elle ne consentit jamais à devancer l'heure du coucher ou du lever de la communauté, L'hiver comme l'été, on la vit toujours assister à l’oraison de quatre heures du matin, Ce fut en vain que la Mère de Saint-Athanase, qui lui avait succédé dans la charge de supérieure, la pria instamment de faire ce saint exercice dans une chambre chauffée ; elle s'y refusa toujours, demandant comme une grâce insigne qu'on ne la séparât pas de ses sœurs. Il fallut que la supérieure se résolût à tourner la difficulté en ordonnant que toute la communauté ferait désormais l’oraison dans une salle chauffée,
Au réfectoire, il était non moins difficile de lui faire accepter certains mets particuliers que sa maladie et ses graves infirmités exigeaient impérieusement, On usait beaucoup au monastère, à cette époque, de viandes et d'aliments salés, qui lui étaient fort préjudiciables. C’est pourquoi la dépositaire avait soin de substituer à ses portions de salines des portions de riz ou de viandes bouillies. Mais ces attentions
lui causaient beaucoup de peine. Elle préférait,
disait-elle, « être malade en faisant comme les autres que de se bien porter en s’écartant de la vie commune, » Néanmoins elle accepta pendant quelque temps ces échanges, pour ne pas contrarier les religieuses qui la servaient. Mais un jour, ayant cru s’apercevoir que les portions de ses sœurs avaient été un peu diminuées afin que la sienne fût plus forte, II, — 29
elle refusa absolument d'accepter ce qui lui était offert, disant qu'elle ne voulait désormais être servie que la dernière, et ne recevoir que les restes de la communauté. Il fallut en passer par là, et respecter, sans mot dire, les saintes délicatesses de sa conscience par rapport à l'esprit de pénitence et de régularité.
Dans une autre circonstance, lorsqu'elle était supérieure, elle remarqua un jour que la dépositaire lui faisait préparer depuis auelque temps un pain doublement cuit, dans lequel elle faisait mettre un peu de beurre et d'anis. Notre vénérée Mère, qui aimait beaucoup cet aliment, très favorable d’ailleurs à sa santé, consentit encore cette fois, pendant quelques jovrs, à l'accepter en silence, pour ne point mécontenter la religieuse qu’elle voyait heureuse de lui procurer cette légère satisfaction ; mais elle profita de la première occasion pour retirer à cette religieuse ses fonctions de dépositaire, et les attribuer à une autre qu'elle eut bien soin d’avertir de ne lui faire apporter rien de particulier; car, ajouta-t-elle, « je ne suis rien et ne mérite rien, et quand Dieu me ferait souffrir mille fois davantage, il ne me ferait point du tort, et je n'aurais nul sujet de m’en plaindre. »
Dans les dernières années de sa vie, on fut obligé cependant, sur l'ordre formel des médecins et des supérieurs, de lui préparer certains aliments spéciaux, malgré ses désirs et sa volonté. Mais quelles difficultés n'étaient-ce point pour les lui faire accep-
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