QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VI
par une candeur que je ne saurais dire. Enfin c’est le secret pour être bien venu auprès de Notre- Seigneur, car après cela on court à lui sans crainte et sans hésiter. »
Cette ferveur dans la soumission à l’égard de son directeur, dont elle ne se départit jamais jusqu’au dernier jour de sa vie, peut nous donner une idée de son obéissance dans la vie religieuse, « Je ne puis comprendre, disait-elle un jour, qu'une âme religieuse qui veut aimer Dieu et être aimée de lui ne soit pas obéissante. » Pour elle, elle faisait sa nourriture de cette vertu, à l'exemple du divin Sauveur!, On ne peut même dire jusqu'à quel point elle poussait la délicatesse à cet égard. Un jour, peu de temps avant sa mort, elle demanda à la Mère de Saint-Athanase, qui la remplaçait à ce moment dans les fonctions de supérieure, la permission d’aller laver sa bouche avec de l’eau fraîche. L’ayant obtenue, elle revint un instant après pour demander qu'on voulût bien lui permettre d’en avaler aussi quelques gouttes.
Dans les derniers temps de sa maladie, on ne pouvait se lasser de considérer son obéissance parfaite aux ordres de l'infirmière. Comme ces flambeaux dont la flamme projette ses plus beaux rayons au moment où elle va s’éteindre, ainsi notre vénérée Mère semblait faire resplendir son obéissance d'un plus vif éclat à mesure qu’elle approchait du
1 Jean, 1v, 34,
terme. On eût dit qu’elle voulait léguer à ses chères filles ces exemples d’abnégation de la volonté, comme le suprême testament de son cœur. On lui entendit dire, peu de moments avant son entrée en agonie, ces mots que son divin Époux avait prononcés sur la croix : J’ai soif. Aussitôt une sœur qui remplaçait alors à son chevet la sœur infirmière se mit en devoir de la satisfaire. Mais la malade, s’apercevant que la main qui lui présentait à boire n’était pas celle de l'infirmière : « Non, dit-elle, attendons l'infirmière ou ses ordres. — Mais elle le voudra bien, repartit la religieuse, et c'est notre Mère qui m’a envoyée ici. — Oui, sans doute, répondit à son tour la malade; mais il vaut mieux attendre l'infirmière, afin que le tout se fasse avec une plus parfaite obéissance. » Cette vertu n’était si admirable chez notre Mère, que parce qu’elle avait son fondement dans ure profonde humilité : « Je me vois continuellement, disait-elle souvent, comme étant dans la maison de Dieu par miséricorde, Je ne sais rien et je ne fais rien qui vaille à l'égal de nos sœurs. » Si quelque chose de fâcheux arrivait à la communauté, elle ne manquait jamais de s’en attribuer la responsabilité. D'ailleurs elle était attentive à ne perdre jamais le souvenir de son néant et de ses misères. On la vit un jour, à l'oraison, saisie tout à coup d’un tremblement extraordinaire au souvenir de ces paroles du prophète : « Comment es-tu tombé du ciel, Lucifer, toi qui te levais au matin de tes jours avec tant d'éclat? » Quomodo cecidisti, Lucifer, qui mane
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