‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 199 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VI

oriebaris ? Elle fit ensuite à ses religieuses le commentaire de cette parole par cet autre passage du prophète : « Hurlez et gémissez, faible sapin, parce que le cèdre est tombé, et ceux qui étaient magnifiques dans leurs perfections ont été entièrement dévastés. » Ulula, abies, quia cecidit cedrus, quoniam magnifici vastati sunti,

Toujours attentive à s’humilier, ce qu’elle recherchait le plus, c'étaient les emplois inférieurs. On raconte à ce sujet que, quand elle fut déposée de sa charge de supérieure après six ans d'exercice, on lui confia les fonctions de dépositaire, auxquelles étaient annexées à cette époque celles de boulangère. En cette dernière qualité, elle était obligée non seulement de pétrir la farine, mais encore d'écraser ellemême les grains de froment à force de bras, car il n’y avait pas encore de moulin dans le pays. Elle prit tellement à cœur cet emploi et s’y livra avec une telle ardeur, qu’elle eut en peu de jours les mains tout à fait écorchées.

Mais nous oublierions ici un des traits principaux de sa physionomie religieuse, si nous ne disions encore quelque chose de sa grande charité à l’égard du prochain. Elle fut, pendant de longues années, la providence vivante de la colonie canadienne. Pauvre elle-même, elle fut toujours la mère des pauvres. Aucune infortune ou misère, de quelque genre qu’elle fût, ne fit jamais appel à sa charité

1 Isaïe, x1v, 12.

2 Zach., xt, 2.

sans en obtenir quelque secours. C'était là, pour toutes les personnes témoins de ces merveilles, un phénomène tellement étonnant, qu'on ne pouvait l'expliquer que par une intervention directe de Dieu. Du reste, le miracle a été, dit-on, plus d’une fois constaté !,

Non contente de se dépouiller des biens matériels et souvent du nécessaire pour soulager les pauvres et les colons français tombés dans l’indigence, elle fit aussi le sacrifice de tous ses biens et mérites spirituels en faveur de ses chers sauvages. Aussi, quand quelqu'un se recommandait à ses prières ou lui demandait quelque part à ses mérites, elle répondait simplement qu’elle n'avait plus rien; que tout ce dont elle pouvait disposer, soit dans l’ordne temporel, soit dans l’ordre spirituel, était d'avance consacré aux âmes qu’elle était venue évangéliser.

Mais la plupart de ces chères enfants de la forêt lui rendaient bien par leur affection et leur vénération les témoignages de dévouement et de sollicitude maternelle qu’elle ne cessait de leur prodiguer. On aimait à les voir, d’après le témoignage d’un historien de notre Mère, s'approcher d'elle tout doucement, quand elle était en oraison, pour baiser avec dévotion l’extrémité de sa robe, comme elles eussent fait à l'égard d’une grande sainte. C’est qu’elle l’était vraiment à leurs yeux. Au sortir des pieux entretiens qu’elle aimait à avoir avec elles, ces chères

1 Voir ce qui a été dit aux chapitres 1v, vi et x de la troisième partie de cet ouvrage.

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