‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 2 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE HI

paraissent indispensables à des hommes civilisés. Aussi les vertus de ces intrépides missionnaires, leur zèle, leur dévouement, leur charité poussée jusqu’au martyre, ont excité l'enthousiasme des ennemis de notre sainte religion eux-mêmes. Et quand on lit l’histoire de leur apostolat dans la Nouvelle-France au xvu° siècle, on est obligé de convenir que les annales des plus beaux siècles chrétiens ne renferment rien de plus héroïque et de plus édifiant. Dans l'introduction de son bel ouvrage sur notre Mère de l’Incarnation, l'élégant écrivain canadien, que nous aimons tant à citer, nous les montre remontant tour à tour le cours des rivières, traversant les grands lacs dans de fréles canots, leur bréviaire suspendu à leur cou et l'aviron entre les mains , ou errant à travers les immenses forêts solitaires, n'ayant pour toute nourriture qu'une poignée de blé d'Inde, pour abri durant les nuits glaciales que les étoiles, et pour lit qu'une terre nue et quelquefois humide ou des roches inégales et raboteuses. Ce n'était là toutefois que les moindres inconvénients de leur vie apostolique. Le plus grave danger qu'ils avaient à courir venait des sauvages eux-mêmes auxquels ils apportaient la bonne nouvelle de l'Évangile, Si la pluie ne venait pas à temps humecter leurs chétives moissons, c'était, aux yeux de ces barbares, le missionnaire qui en était cause: et si la pluie devenait à son tour trop abondante, il en portait encore, à leurs yeux, la responsabilité. Et leur mécontentement pouvait se traduire, à tout instant,

PORN TENTE TETE

par les plus cruelles vengeances, les plus affreux supplices et la mort elle-même. Quel héroïsme ne fallait-il pas pour s’aventurer ainsi au milieu de ces peuplades si barbares et si cruelles! Mais l'amour de Jésus-Christ, qui avait donné à ces âmes apostoliques l'idée d’un tel sacrifice, était assez puissant dans leur cœur pour leur donner la force de l’accomplir.

La vénérable Mère de l’Incarnation, qui fut leur glorieuse fille spirituelle, a rendu à la valeur et à la sainteté de ces héros de notre foi un précieux témoignage que l’histoire doit être heureuse de recueillir. Dès son arrivée à Québec, elle les vit déjà aux prises avec leurs cruels ennemis. « Les démons, dit-elle dans une lettre datée du 13 septembre 1640, ont conspiré de détruire, s’ils le peuvent, la mission des Hurons, et s'efforcent de prouver que toutes les calomnies que l'on produit contre les Pères sont des vérités. On a fait de grandes assemblées afin de les exterminer, et eux, loin de s’effrayer, attendent la mort avec une constance merveilleuse. Une femme des plus anciennes et des plus considérables de cette nation les accusa de cette sorte dans une assemblée : « Ce sont les robes noires qui nous « font mourir par leurs sorts : écoutez-moi, je le « prouve par des raisons que vous allez reconnaître. « Ils se sont logés dans un tel village, où tout le « monde se portait bien; aussitôt qu'ils y ont été « établis, tout le monde y est mort, à l’exception « de trois ou quatre personnes. Ils ont changé de

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