‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE III ÿ · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE III ÿ

« lieu, il en est arrivé de même. Ils sont allés « visiter les cabanes des autres bourgs, et il n’y a « que celui où ils ne sont pas entrés qui ait été « exempt de la mortalité et de la maladie. Ne voyez- « vous pas que, quand ils remuent les lèvres, ce « qu'ils appellent une prière n’est autre chose que « des sorts qui sortent de leur bouche, de même « quand ils lisent dans leurs livres? Si on ne les « met promptement à mort, ils achèveront de ruiner « le pays, en sorte qu’il n’y demeurera ni petit ni « grand, »

Quand on considère les événements qui se produisaient autour de ces vaillants missionnaires, il paraît, en effet, impossible de ne pas y constater l'intervention directe des démons, témoins les faits allégués par cette femme, qui, bien qu’exagérés peutêtre, n'étaient pas sans quelque apparence extérieure de vérité, car notre Mère reconnaît elle-même, dans la même lettre, que Dieu permettait cette épreuve « pour rendre, dit-elle, plus pure la foi de ceux qui se convertissaient ». Mais ce qui confirme encore plus cette intervention directe des démons dans les débuts de cette persécution si terrible, c’est le fait suivant, que nous trouvons encore rapporté dans la même lettre. «Un sauvage, se promenant, rencontra une personne inconnue qui l’effraya beaucoup. Le spectre lui dit: « Écoute-moi, je suis Jésus que les « robes noires invoquent mal à propos; mais je ne « suis pas le maître de leur imposture. » Ce démon ajouta mille imprécations contre la prière et contre la

doctrine que les Pères prêchaient. » Il n’en fallut pas davantage pour exciter de toutes parts la fureur des sauvages. « Parmi les vaillants missionnaires, les uns sont battus, dit notre vénérée Mère, les autres blessés, les autres chassés des cabanes et des bourgs. Cependant, quoique la mort causât partout des ravages étranges, ils ne laissaient pas de se jeter sans crainte dans les périls, afin de baptiser les enfants et ceux qu'ils trouveraient en état. Plus on leur fait de mal, plus ils sont hardis. Le R. P. Pijar est descendu cette année à Québec pour les affaires de la Mission. On l'a fait ramer tout le long du voyage avec une telle inhumanité que quand il est arrivé il ne pouvait se soutenir, et à peine put-il dire la messe. H m'a fait le récit des peines que les Pères souffrent en cette mission; elles sont inconcevables, et néanmoins son cœur était rempli d’une telle ardeur pour y retourner, qu’il oublie volontiers tous les travaux lu voyage dans le désir de posséder ces amoureuses croix. Il déclare qu’il ne les changerait pas, hormis que ce fût par la volonté de Dieu, pour le paradis!. » Dans une autre lettre de la même année, elle donne quelques détails sur ce qui arriva au Père Ragueneau et à quelques autres Pères jésuites :

« Le Père Ragueneau et plusieurs autres Pères de sa compagnie ont été outrageusement battus et grièvement blessés. Un sauvage ayant levé le bras pour lui fendre la tête, la hache s’attache à ses cheveux sans

1 Lettres historiques. Lettre à la supérieure des Ursulines de Tours, du 13 septembre 1610.

À lui sans

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