QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VI
inséparables par le cœur et par l'esprit, s'avancent à grands pas dans les voies les plus élevées de la perfection religieuse. C'est là, nous ne saurions trop le faire remarquer, l'œuvre de notre Mère de l'Incarnation, et peut-être la plus belle et la plus touchante de toutes. À Dieu ne plaise que nous la passions sous silence et la laissions dans l’oubli !
Que ne pouvons-nous rapporter ici toutes les lettres dans lesquelles elle donnait à ce fils bienaimé ses précieux conseils! Elles sont un vrai monument de sagesse, d'onction, de science des voies de Dieu et de tendresse maternelle, qui égale, à notre avis, tout ce que les siècles chrétiens nous ont en ce genre légué de plus beau.
Elles nous montrent, à chacune des étapes de la grande et admirable vie religieuse de Claude Martin, notre Mère de l’Incarnation toujours là auprès de lui, toujours attentive et fidèle, avec toutes les délicatesses et sollicitudes de son cœur maternel : ici, encourageant et excitant son zèle et sa ferveur; là, modérant ses élans parfois excessifs ; ailleurs, versant le baume de ses consolations sur ses blessures, ou soutenant le courage de ce disciple de Jésus-Christ, ployant comme le Maitre à Gethsémani, sous le poids des épreuves intérieures, ou, sur le chemin du Calvaire, sous le fardeau de sa croix. Quiconque étudiera la correspondance de la Mère de l’Incarnation, en ayant en regard la vie de son fils, sera ravi de ce phénomène d'union spirituelle entre ces deux saintes âmes,
Il Bossuet, qui les connaissait bien l’une et l’autre, | disait avec juste raison que Claude Martin était encore plus le fils de sa sainte mère « selon l'esprit que selon la chair! », On ne saurait mieux exprimer la nature des rapports spirituels qui les unissaient, Claude Martin est vraiment, au point de vue religieux et mystique, le parfait disciple de sa glorieuse mère,
Sa sainte mort fut, du reste, le digne couronnement de sa vie de pénitence, de travail et de prière. Elle arriva le 9 août 1696. Le fervent bénédictin avait quitté Paris depuis six ans, et remplissait alors les fonctions de prieur à l’abbaye de Marmoutier,. Un unanime concert d’éloges s’éleva sur sa tombe de tous les monastères qu'il avait dirigés et édifiés par le spectacle de ses belles vertus religicuses, et l’illustre Mabillon, en apprenant sa mort, put dire de lui ces mots qui résument bien sa vie si humble, si régulière, si cachée aux regards des hommes, si austère et si recueillie : « Je ne sais rien de lui que ce que tout le monde a vu; mais sa vie constante et uniforme dans 1e bien me tient lieu de miracle, »
Mais il y avait dans le monastère des Ursulines de Tours une personne qui avait été, elle aussi, avec dom Claude Martin l'objet des sollicitudes incessantes de notre vénérable Mère.
C'était sa nièce, une enfant de cette sœur dont
1 États d’oraison, liv. IX.
2 Vie de dom Claude Martin, par dom Martène, liv. V, p. 388.
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