QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VI
« Oui, vous êtes le plus beau, s'écrie-t-elle, d'entre tous les enfants des hommes, à mon Bien- Aimé ! Vous êtes beau, mon cher Amour, en votre double beauté divine et humaine. Vous êtes beau, mon cher Amour, et vous emportez mon esprit dans une vue inexplicable de ce que vous êtes en votre Père, et de ce que votre Père est en vous. Mais comment vous pourrai-je supporter dans vos splendeurs, si vous ne ravissiez mon cœur et mon esprit, et si dans ce ravissement vous ne l’introduisiez dans vous-même, lui donnant une capacité qui le rend une même chose avec vous ? De sorte qu'encore que je vous voie Dieu de Dieu, lumière de lumière et Dieu de vrai Dieu, je vous embrasse comme étant mon amour et tout mon bien.
« O mon divin Époux ! qu'est-ce que ceci? Je vous vois tout à votre Père, et vous êtes tout à moi! Votre Père et vous êtes tout à moi; votre Père est aussi à moi, et je ne sais comment cela se fait,
« O mon cher Bien-Aimé! dans cette privauté qui charme mon âme, il me semble que mon néant se perd dans un abîme qui n'a point de fond. Ce grand abîme, c'est vous, qui me tenez sous votre empire, et ensuite ou plutôt en même temps vous m'inspirez, en sorte que je vous parle comme si J'avais l'empire sur vous.
« Pardonnez à ma liberté, de laquelle vous êtes
pouvant supporter, je fus contrainie pour me soulager d'écrire ce peu de mots... »
vous-même la cause: car vous me consumez en cet état. |
« Cette ouverture que vous avez faite à mon cœur , laquelle est continuellement aspirante, respirante et soupirante, est une bouche qui vous tient un langage qui tuerait le corps, s’il fallait qu'il passât par les sens, puisque tout se réduit à dire que je vous vois être essentiellement. Ah! Amour, ah! Amour, m'ayant fait longtemps chanter ce cantique | qui me fait trouver en vous, vous me rendez Li muette.
« Je suis impuissante par une consommation d'amour en vous que je ne puis exprimer. Je vois bien des choses de vos grandeurs et de vos épanchements amoureux, Verbe incréé! mais elles anéantissent ma conception dans un abîme sans fond où elle se perd.
« Vous savez, mon cher Époux, ce qu’opéra dans mon cœur la parole que mon Père spirituel me dit, après m'avoir confessée, que quand je mourrais seule et en son absence, vu l’accès que vous donnez à mon âme auprès de vous, je n'eusse point de crainte; qu'autrement je ne vous traiterais point comme un époux en qui je dois avoir confiance. Mon esprit en est encore touché. Ne vous pas traiter en Époux! cela est insupportable, C'est pourquoi après cela je ne me souciai plus de rien,
« Mon Bien-Aimé, vous disais-je, vous savez toutes mes affaires, dirigez-les toutes pour moi. Vous savez de quelle quantité d’âmes je me suis chargée
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