QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VII
la grande famille de Sainte-Ursule et de Sainte- Angèle, dont les intérêts généraux lui avaient été toujours si chers. Ce fut, sans doute, dans un des intervalles de repos que lui laissait encore sa maladie, avant la crise suprême, qu’elle exprima si solennellement et d’une manière si précise son ardent désir, dont nous avons déjà parlé, par rapport à l'union de toutes les Ursulines de France en une seule et même congrégation. « En sa dernière maladie, dit dom « Claude Martin, dont nous rapportons ici textuel- « lement les paroles, elle donna charge à une reli- « gieuse de mander en France qu'elle voyait tant « de biens dans cette union générale, qu'elle mou- « roit dans l'espérance qu'elle se ferait un jour; € qu'à la vérité il y avait des difficultés, mais qu’elles n’étaent pas si grandes qu’elles ne se pussent facilement surmonter, si toutes voulaient relâcher quelque chose de leurs propres intérêts; qu’il n’y avait pas une congrégation où il n'y eût quelque chose de bon et quelque chose de défectueux, et que, prenant de toutes ce qu’il y a de fort et de solide, l’on en pourrait faire une qui serait accomplie et sans défaut. Il est vrai que l’idée de ce grand dessein fait voir une suite de biens très considérables: mais enfin, s’il est de Dieu, c’est à lui d’en faire naître les moyens; et, pour moi, j'estime qu’il ne se peut exécuter que dans une assemblée générale des prélats du royaume, avec l'agrément des communautés !. »
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1 Dom Claude Martin, liv. IT, ch. 11, addition.
« Cependant les vœux, les prières et les pénitences avaient recommencé avec une nouvelle ferveur pour la prolongation d’une vie si chère. La Mère de l’Incarnation fut contristée de cet empressement de ses sœurs à conserver des jours qu’elle croyait inutiles, et s’en plaignit affectueusement au R. P. Lallemand, Le vénérable vieillard, touché du deuil où la mort de cette vénérée Mère allait plonger la communauté, lui ordonna alors d’unir ses prières à celles de ses compagnes. Interdite à ce commandement, elle se recueillit un instant; puis, joignant les mains et levant les yeux au ciel : « Mon Père, dit- « elle, je crois que j'en mourrai; mais, si c'est la « volonté de Dieu que je vive encore, je m'y soumets.
« — Tout cela est bon, ma Mère, repartit le saint « homme; mais vous devez vous mettre de notre « côté, et prier Dieu de vous conserver à cette com- « munauté, qui croit encore avoir besoin de vous. »
« À ces paroles, l’humble Mère se résigna sans réplique, et, renouvelant l’admirable dévouement de son compatriote, saint Martin de Tours : « Mon « Dieu, dit-elle, si vous jugez que je sois encore « nécessaire à cette petite famille, je ne refuse point « le travail; que votre volonté soit faite! »
« Dès ce moment elle éprouva un soulagement sensible; la fièvre la quitta, et peu de temps après les médecins la déclarèrent hors de danger. Un fe Deum d'actions de grâces fut chanté dans l’église du monastère, au milieu de l’allégresse universelle, La malade elle-même y assista et parut recouvrer ses forces.
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