‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 215 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE Vi · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE Vi

mère mourante. Quelques religieuses lui ayant demandé de leur faire part du mérite de ses souffrances : « Tout est pour les sauvages, répondit-elle « avec un sourire, je n'ai plus rien à moi, »

« Dans la matinée du 30 avril, sentant sa fin approcher, elle voulut voir une dernière fois ses chères petites néophytes, et leur adressa dans leur propre langue des paroles d'adieu si tendres, si suaves, si pénétrantes d'amour et de sollicitude, qu'un torrent de larmes s'échappa des yeux de tous ceux qui l’écoutaient.

« Vers midi, elle entra en agonie; mais, quoiqu’elle eût perdu l’ouie et la parole, son esprit n’en paraissait pas moins avoir conservé toute sa lucidité. Aucun mouvement, aucune agitation extérieure ne trahissait la lutte suprême de la vie contre les étreintes de la mort. La placidité de la figure indiquait un calme parfait et l'union intime avec Dieu; plusieurs fois on la vit porter d'une main tremblante son crucifix à ses lèvres.

« Cependant, peu à peu, les extrémités déjà froides revétaient cette blancheur mate qui indique que la vie, fuyant devant la mort, reflue vers les sources de l'existence, prête à se tarir.

« Le silence morne qui règne dans la chambre de l’agonisante n’est interrompu que par les soupirs et les sanglots de ses sœurs. Rangées autour de la couche funèbre de leur Mère, elles contemplent avec anxiété, à travers la pâleur de la mort, les derniers rayonnements de cette grande lumière qui

s'évanouit à leurs yeux , pour se lever, éclatante d'immortalité, sur l'horizon de l'éternité, Qui dira leurs angoisses et leurs larmes? Elles n'osent croire à la triste réalité qu'elles voient venir. Immobiles, les yeux baignés de pleurs et fixés sur le visage de la mourante, elles prient , elles soupirent, elles gémissent,

« A chaque défaillance elles retiennent leurs sanglots et n'osent respirer, dans la crainte d'enlever le dernier souflle errant sur les lèvres de leur Mère.

« Une heure avant sa mort, dit un de ses histo- « riens, elle versa trois ou quatre grosses larmes; « Dieu seul, qui était le maître de son intérieur, sait « de quelle source elles coulaient. » Peu après elle ouvrit lentement les yeux, jeta un long regard sur ses chères sœurs, comme pour leur dire un dernier adieu, puis elle les referma pour ne plus les ouvrir

sur la terre. Enfin, à six heures du soir, sans agitation ni effort, elle poussa deux faibles soupirs, et ce fut tout.

« Un frémissement courut parmi les rangs des assistantes, qui toutes restèrent immobiles, partagées entre la douleur et l'admiration, les yeux fixés sur le visage de la morte, devenu tout à coup d’une beauté éblouissante : son âme, en prenant son vol vers les cieux, semblait y avoir imprimé un reflet de sa gloire immortelle. Ce phénomène parut si merveilleux, que les Ursulines voulurent en perpétuer le souvenir; et chaque année, depuis ce jour, un Te Deum d'actions de grâces se chante au monastère, en mémoire de ce merveilleux événement, à

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