‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 216 sur 258 · QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE — CHAPITRE VII

l'anniversaire de la précieuse mort de la Mère de

l'Incarnation.

« Le bruit de son décès se répandit avec la rapidité de l'éclair; de toutes parts on vit accourir les fidèles de toutes les conditions, pour rendre les derniers devoirs à celle que la voix publique avait déjà glorifiée du nom de sainte. L’empressement de la foule, avide de témoigner sa profonde vénération, ne se relentit pas pendant tout le temps qui s'écoula depuis sa mort jusqu’à ses obsèques. On se disputait, comme de précieuses reliques, les objets qui avaient servi à son usage, Tout fut enlevé en un instant; et c'est à peine si les Ursulines purent conserver son grand chapelet, qui se voit encore aujourd’hui dans une des chapelles de leur église,

« On apportait au parloir des croix, des médailles, des chapelets pour les faire toucher à la sainte dépouille; et plusieurs religieuses furent employées à satisfaire cette touchante dévotion, jusqu'au jour de l'enterrement.

« Mais comment exprimer la désolation des pauvres sauvages en apprenant la mort de leur vénérable Mère? Dès que cette nouvelle fut parvenue au village de Lorette et de Sillery, ils vinrent en foule s'assembler autour du monastère, afin de prier pour celle qui les avait tant aimés. À mesure qu'ils arrivaient, ils sonnaient au parloir, et regardant les religieuses avec une expression d’indicible douleur :

« Notre Mère à nous est morte! » disaient-ils. Puis ils se mettaient les doigts sur les lèvres pour signi-

fier qu’une telle affliction ne s’exprimait pas. Les Ursulines, « qui n’en pouvaient plus de tristesse, » dit naïvement la vieille chronique du monastère, les consolaient en leur montrant le ciel, et chacun s’en allait de son côté pleurer et prier jusqu’à l’heure des funérailles.

« Dès l'aurore de ce jour l’église des Ursulines fut encombrée. Toutes les autorités civiles et militaires de la ville, le gouverneur, le clergé accouru d’une grande distance, vinrent rendre un éclatant témoignage à la sainteté de cette grande servante de Dieu. La douleur de cette foule immense était profonde; mais un sentiment d'allégresse se mélait à ces gémissements. On eût dit qu'un rayon de la gloire dont jouissait la bienheureuse défunte perçait à travers les sombres appareils du trépas, et épanouissait tous les cœurs; on se sentait plutôt porté à l’invoquer qu'à prier pour eile, et on songeait, avec une douce consolation, à la grande protectrice que la Nouvelle-France avait de plus au ciel.

« En l’absence de M£' de Laval, alors en France, M. de Bernières célébra les obsèques. L'oraison funèbre fut prononcée par le R. P. Lallemand, déjà octogénaire, qui depuis tant d'années avait lu dans l'âme de la Mère de l’Incarnation jusqu'aux plus intimes pensées, et avait pu apprécier, par conséquent, toutes les richesses de ce magnifique sanctuaire. Le digne et fervent religieux fit ressortir avec éloquence le parallèle de la femme forte de la sainte Écriture et du grand caractère de la Mère de l’In-

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