‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 222 sur 258 · SET · texte numérisé non relu

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plaisir de Sa Majesté et de l'Évêque du lieu, pour y vivre en la même observance régulière qu'elles faisaient au Canada, attendant l'occasion de retourner audit pays de la Nouvelle-France, pour ÿ secourir derechef les sauvages, s'il plaît à la divine Majesté leur en faire la grâce; et elles se serviront, pour ledit établissement, tant du revenu de la fondation que du fonds qu'elles pourraient avoir en France du dot des novices reçues à profession.

« 5° Pour le regard des constitutions, elles se feront dans le pays, selon qu'on le jugera plus à propos et même par l'avis des religieuses.

« 6° Que l'on enverra un supérieur, prêtre ou commissaire apostolique, qui dépendra immédiatement du pape, et pour tenir l'union stable et permanente, l'on aura une bulle de Rome...

« 7° Que l'on gardera l'égalité entre les deux congrégations : lorsqu'on fera passer des religieuses de la congrégation de Bordeaux, l'on fera passer aussi des religieuses de la congrégation de Paris.

« 8° Cas advenant que les novices seraient jugées incapables d'embrasser l’état religieux, et pour cela renvoyées, les frais de leur retour en France seraient pris sur leur pension courante.

« 9° Il ne sera pas envoyé des religieuses d'aucun lieu de l'ancienne France, qu'au préalable elles n'aient été demandées du supérieur des religieuses Ursulines qui résidera actuellement à Québec.

« Nous soussignées , supérieure et religieuses du couvent de Sainte- Ursule, établi à Québec, en la Nouvelle- France, étant assemblées au nom de Jésus-Christ, avons reçu les articles sus-nommés envoyés de France par ceux qui ont traité de nos affaires, et avons résolu de les observer et faire observer à l'avenir ; et avons convenu ensuite que les religieuses qui sont venues ou qui viendront de la congrégation de Paris prendront l’habit des Mères de la

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« En foi de quoi nous avons signé le présent acte, etc., le huitième jour de septembre 1641.

« Sœur Marie GUYART DE L'INCARNATION, supérieure. « Sœur ANNE LE Bucze DE SAINTE - CLAIRE, « Sœur Cécie Ricuer De SainTe - Croix.

« Sœur MARGUERITE DE FLÉCELLES DE SAINT - ATHANASE. « Sœur ManiE DE SAVONNIÈRES DE SAINT-JosEeru. »

LETTRE DE LA MÈRE MARIE SAINTE-CLAIRE À UNE DE SES SŒUNS URSU- LINES DE PARIS; ELLE DONNE LES DÉTAILS DE SON VOYAGE, DE SA RÉCEPTION A QUÉBEC, ETC.

« Ma très chère et bien-aimée Sœur,

« Il faut que je vous raconte nos aventures. Je crois que vous aurez pour agréable que je commence par les obligations que j'ai au glorieux saint Joseph, mon très honoré père, qui a eu un soin très particulier de moi. Dès que je fus à Rouen, je ressentis les effets de sa protection; car, étant dans une petite allée du jardin, au couvent de notre ordre, je me retirai en arrière sans m'apercevoir d'un précipice qui y était, et dans lequel je tombai sans rouler. Ma chère sœur de Saint- Athanase eut belle peur.

La Mère supérieure voulait ne faire voir au médecin, mais je l'assurai que je n'en avais aucun besoin Ma confiance en mon bon père était si grande, que je ne croyais pas qu'il permit qu'aucun accident m'arrivât qui pût empêcher l'effet de mon désir. Cette confiance tenait mon esprit paisible et tranquille dans les plus grands dangers. Comme nous étions à la rade, dans une grande tourmente, un matelot bien expérimenté vint dire au R. P. Menard que dans une heure il n’y aurait pas un de nous en vie, parce que le vent jetait de grande raideur un vaisseau qui avait perdu son ancre sur le nôtre. Le Père fit sur l'heure un vœu à saint Joseph, et bientôt on vint lui annoncer que nous étions hors de danger. Une autre fois (pendant le dîner) une lucarne mal cramponnée, pesant bien quatrevingts livres, me tomba d'assez haut sur la tête. Ce coup, humainement parlant, devait me la casser. J'élevai mon esprit à saint Joseph, mon cher protecteur; à l'instant même, sans éprouver aucun mal ni frayeur, je rassurai le Père et mes sœurs, et achevai paisiblement mon diner, comme si rien ne fût arrivé . . . . . . . . . . Il faut que je vous avoue que j'ai une consolation particulière de ce que le R. P. Menard est très dévot à ce grand saint, duquel il parle hautement. Ce bon Père disait chaque semaine une messe votive en son honneur. Il avait composé quelques motets, que nous chantions après l’élévation. Nous disions aussi ses litanies après la messe. Au reste, chère sœur, nous avons été si heureuses, que la messe ne nous a manqué qu'une seule fois en toute la traversée, ce que nous devons en partie à la dévotion du Père, qui la célébrait en des temps fort rudes et fâcheux. La sainte communion a été fréquente, les conférences et discours spirituels journaliers ; enfin les assistances spirituelles et corporelles ne nous ont point manqué. Il semblait que la divine Providence, notre bonne mère, prit plaisir à nous départir en abondance non seulement les biens nécessaires

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NOTES ET PJÈCES JUSTIFICATIVES 30f édecin, et profitables, mais encore les choses agréables et même Ma con- délicieuses. Tantôt elle récréait nos âmes par un sayoucroyais reux goût des faveurs célestes, puis elle charmait nos sens qui pôt par la vue de la nature : une mer calme qui nous portait, nait mon un ciel serein qui charmait la vue, un bocage verdoyant dangers. et des fleurs odoriférantes (sur les côtes de Gaspé). Pour urmente, moi, je vous assure que je me reposais doucement entre . Menard les bras de cette bonne mère, ne me mettant en peine ni 18 en vie, du présent ni de l'avenir : abandonnant tout à son amousseau qui reuse conduite, de laquelle je me suis fort bien trouvée ur l'heure jusqu'à présent, et il me semble que cet abandon est la annoncer source du vrai et solide contentement. C'est cette aimable (pendant conductrice qui nous a enfin menées en cette terre tant en quatre- désirée, à la vue de laquelle mon cœur a sauté de joie et . Ce coup, d'allégresse.

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« À notre arrivée prés de la rivière, on nous conduisit dans une chapelle fort dévote, c'est celle de nos Mères Ursulines, où, ayant adoré Dieu, nous nous approchâmes de la grille pour saluer les religieuses. En parlant à la Mère de l’Incarnation, je respirai un certain air de sainteté qui m'embauma toute. De là nous allâmes saluer M. le gouverneur (le chevalier de Montmagny); puis nous | retournâmes et entrâmes en notre chère solitude, où nous avons vécu depuis dans une union et une paix merveilleuses, Notre Mère supérieure, qui est la Mère de l’Incarnation, nous traite avec trop de respect. Elle me fait passer après elle devant la Mère de Saint-Joseph, sa compagne de Tours, quoi que j'aie fait et dit pour m'en défendre. Ma sœur Richer de Sainte-Croix, de Dieppe, est un peu

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fâcheux. La plus ancienne que ma sœur de Saint-Athanase ; c'est pourences et dis- quoi elle va devant. Si j'eusse pu, sans mentir, cacher s spirituelles quelques-unes de mes années de profession, je l'aurais semblait que fait, pour éviter la mortification que je sens de conduire plaisir à nous

les observances en l'absence de notre Mère. La Mère de Saint-Joseph est d'une humeur charmante : au temps de

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la récréation, elle nous fait souvent pleurer à force de rire; il serait bien difficile d'engendrer mélancolie avec elle. C'est une personne qui a beaucoup de belles qualités. Elle est maîtresse de nos petites séminaristes, qu'elle aime comme une mère aime ses enfants. Après le catéchisme, elle leur apprend à chanter et à toucher, sur la viole, des cantiques spirituels ; parfois elle les fait danser à la mode des sauvages, et ces petites sont si innocentes, que quand M"° de la Peltrie, notre fondatrice, s'y rencontre, elles vont la prier de danser avec elles, ce qu'elle fait, mais de si bonne grâce, qu'il y a du plaisir à la voir.

« Mon office, ou plutôt mes offices, s'étendent depuis la cave jusqu'au grenier. Je suis cellerière et apothicairesse; pour celle-ci, je n’y ai eu encore rien à faire, Dieu merci, mais pour celle-là elle m'a bien occupée. Cette . Charge s'étend bien loin : il m'a fallu recevoir toutes les provisions pour l'hiver, les descendre à la cave, les monter au grenier, et il faut avoir le soin toute l’année de voir si rien ne se gâte. Jusqu'à présent nous n'avons pas eu le loisir de respirer, vu la quantité de lettres qu'il a fallu écrire ; j'en suis un peu fatiguée. Nous tâcherons de nous recueillir quand les vaisseaux seront partis, et nous nous mettrons tout de bon à l'étude de la langue, qui est très difficile. Les langues algonquine et huronne s’apprennent par préceptes, comme la langue latine. Il n'y a pas d’apparence que j'y avance beaucoup, si vous ne m'aidez par vos bonnes prières. Je vous supplie très humblement de faire à cette intention une neuvaine au glorieux saint Joseph, comme j'espère en faire une avant que de commencer à étudier. Nos trois Mères y ont fort profité pour le temps qu'elles y ont mis. Je suis bien mortifiée de ne pouvoir entendre nos enfants, ni leur parler. Adieu, chère sœur, Je vous embrasse dans le cœur de notre aimable Jésus, où je vous prie de me regarder souvent, m'effrant à ce même Jésus et le priant qu'il accomplisse en moi sa

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sainte volonté, et me fasse la grâce de vivre et de mourir dans son amour. Je ferai de même pour vous, puisque je suis de cœur et d'affection, pour le temps et pour l’éternité, ma très chère sœur, « Votre très humble et affectionnée sœur et servante en Notre-Seigneur, Fr « Sœur ANXE DE SAINTE - CLAIRE,

« Du séminaire de Saint-Joseph, aux Ursulines de Québec, ce 2 septembre 1640, »

ADRESSE DES CHEFS DES TRIBUS HURONNES SOLLICITANT AUPRÈS DE NOTRE SAINT-PÈRE LE PAPE PIE IX, EN 1876, LA BÉATIFICATION DE LA MÈRE MARIE DE L'INCARNATION.

« Très saint Père,

« Nous, les chefs et guerriers de la tribu huronne, vous apportons et vous présentons à genoux un parfum précieux, le parfum des vertus de la révérende Mère Marie de l'Incarnation. Ce parfum a été cueilli dans nos cœurs et se compose de nos sentiments de vénération et de reconnaissance. Veuillez le faire monter au ciel, afin que passant par vos mains il soit plus agréable à Dieu.

« La révérende Mère Marie de l’Incarnation nous a appelés du fond de nos bois pour nous apprendre à connaître et à adorer le vrai Maître de la vie. Elle a pris dans sa main nos cœurs et les a placés devant l'Éternel, comme une corbeille de fruits cueillis par elle. Par ses soins nous avons appris à être doux : les loups et les ours lui ont léché les mains. Ceux qui ne savaient que rugir dans la

colère se sont mis soudain à chanter des hymnes de paix et de reconnaissance. Nos mères ont baisé la trace de ses pas, et elles ont ensuite déposé sur nos fronis une poussière bénie et féconde pour l'éternité. De sa main elle a marqué nos cœurs du signe de la foi, et la foi est restée gravée dans nos cœurs.

« Grâce à elle, il nous est donné de lire les livres qui rappellent ses œuvres de charité et ses bienfaits. Nous pourrions remplir bien d'autres livres des témoignages de notre vénération et de notre reconnaissance envers elle. Elle nous a aimés pour elle-même, autant peut-être qu'elle nous a aimés pour Dieu : elle a été deux fois notre mére, C'est par elle et pour elle que nous avons brûlé toutes nos forêts sur l'autel de Jésus-Christ et que nous sommes venus vivre au milieu des blancs, des fils d'Ononthio; désormais l'ours, le loup, le chevreuil, le castor et la tortue resteront enchaïinés, liés à la pierre du sanctuaire, et trouveront une voix harmonieuse pour célébrer les louanges du grand Maître de la vie. Bien des lunes ont passé depuis cette première aurore de la vraie lumière qui a lui sur nous; notre nation, grande alors, menace même de disparaître: mais, très saint Père, nous vous prions de recueillir, avec le dernier vœu et le dernier souffle de la tribu huronne, le témoignage de sa profonde reconnaissance et de sa vénération pour la révérende Mère Marie de l'Incarnation. Les os de nos pères tressailliront dans la tombe, si votre voix proclame le bonheur éternel de notre Mère, à qui nous devons la foi en Jésus-Christ. Elle a trouvé parmi nos femmes des vierges dignes du sanctuaire, parmi nos guerriers des missionnaires et des martyrs, qui lui tresseront une couronne au ciel. Il ne nous reste plus à nous qu'une dernière goutte de sang huron; mais si cette dernière goutte de sang pouvait orner la couronne que la Mère Marie de l'Incarnation recevrait au ciel, nous l'offririons de bon cœur.

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« Prosternés à vos pieds, très saint Père, nous vous demandons votre bénédiction.

« Frères X.., TanourHencue (Point du jour), grand chef, — Philippe-Vincent Teavsarnorna, deuxième grand chef. — A.-N, Montpetit Auarsisrsri (Brave guerrier), chef. — Gaspard-Picard Onpiarazere, chef. — Antoine-Picard Tioksenx, chef, — Maurice-Bastien Agnosin, chef, — Honoré-Sioni Ssnuose, chef. — Franeis-Gros-Louis FAsexo, chef, — Élie-Sioni Teaomienoaut , chef, — Louis- P.-Vincent Sopoxiara, guerrier, — Moïse-Picard Arne- HIATAK, guerrier, — Adolphe-Pica:d Hopozaser, guerrier. — Maurice-Sioni Textonpy, guerrier. — Jean-Baptiste GowzaGus (fils), Axoksanoron, guerrier, — Noé-Sioni (fils) Apsateri, guerrier. — J. O, J. O’Sullivan Onnosoanxour, petit-fils du grand chef. »

GRACES, GUÉRISONS, FAVEURS SPIRITUELLES OBTENUES A LA SUITE DE PRIÈRES PRIVÉES ADRESSÉES À LA MÈRE MARIE DE L'INCARNATION

(Extrait du livre de M, l’ahbé Richaudeau.)

Nous ne pouvons ni qualifier de miracles proprement dits les faits que nous allons raconter, la sagesse de l'Église lui ayant inspiré de se réserver à elle-même tout jugement définitif sur les faits miraculeux; ni même prononcer d'une manière absolue que ces grâces, de quelque nature qu'elles soient, sont le résultat incontestable des prières faites dans le but et avec l'intention de les obtenir. Il nous est permis toutefois de les faire connaître et de

les présenter comme vrais, moyennant les réserves prescrites par le saint-siège. Pour justifier tout à la fois notre sentiment et notre conduite, nous emprunterons quelques lignes au pieux auteur des Voix prophétiques.

« On ne cesse, dit-il, de nous objecter le pape Gélase et les conciles de Latran et de Trente ; mais on oublie que le pape Urbain VIII est survenu, qu'il a porté le décret du 13 mars 1625, confirmé plus tard par sa bulle du 5 juillet 1634, après qu'il s'était d'ailleurs clairement exprimé sur le sens de son décret dans la Congrégation générale de la sainte Inquisition romaine , tenue au palais apostolique du Quirinal, le 5 juin 1631. Or, en cette Congrégation, Urbain VIII fit lui-même connaître que l'on pouvait publier des révélations et des miracles cum proleslalione in principio (libri) quod üis nulla adsit auctorilas ab Ecclesia romana, sed fides sit tantum penes auctorem, c'est-à-dire en protestant au commencement du livre qu'on ne les donne pas comme approuvés par la sainte Église, mais comme un récit n'ayant qu’une autorité privée. » (Voix prophéliques, V° édit., Introduction.)

L'Église ne nous interdit donc pas, en cette matière, le légitime usage de nos lumières naturelles. Elle permet par conséquent, à qui le voudra, d'examiner trois choses : 1° si celui que l'on dit guéri miraculeusement était malade et très gravement malade; 2° si des prières ou autres pratiques de dévotion ont été faites dans le but d'obtenir sa guérison d'une manière surnaturelle ; 3° si, pendant ou immédiatement après ces prières, il a été guéri subitement, sans qu'on puisse voir ou soupçonner une cause naturelle de cette guérison. Lorsque cet examen, fait avec attention et une sérieuse maturité par une personne judicieuse, conduit à l'affirmative sur les trois questions, celui qui a ainsi procédé peut dire : Ma conviction est qu'il y a eu miracle. Mais cette conviction n'est que pour lui et pour

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ceux qui auront fait comme lui. Il ne lui est pas permis de la donner comme équivalant, même à peu près, à un jugement de l'Église, Il peut avoir une certitude, mais cette certitude est purement humaine et individuelle. Elle lui suffit néanmoins pour croire de cette foi individuelle qu'il y a eu miracle, et même pour chercher à communiquer à d’autres sa propre conviction.

Comme cette question est importante, nous allons la rendre plus claire encore par un exemple. Une jeune fille de Blois, âgée de vingt-deux ans et sourde-muette de naissance, fut guérie de sa surdité le 7 octobre 1872, au moment où elle priait dans la grotte de Lourdes. Plusieurs des personnes qui l'accompagnaient, prêtres, religieuses, amies de la jeune fille, administrateurs de l'Hôtel-Dieu, etc., la connaissaient depuis sa première enfance et l'avaient, pour ainsi dire, vue tous les jours, excepté quelques années qu'elle avait passées à une école de sourdes-muettes d'Orléans; mais cela même était encore une preuve irrécusable de son état d'infirmité. L'Église prescrit-elle à ces personnes, en attendant qu'elle décide s'il y a miracle ou non, de douter que la jeune fille ait été sourde-muette de naissance ? Evidemment non. Ce serait prescrire l'impossible. Leur défend-elle de croire que l'enfant a fait le voyage de Lourdes pour obtenir sa guérison? Non encore. Ce serait tout aussi impossible, puisque ce furent elles qui l'engagérent à faire ce pélerinage et en payèrent les frais, et qu'elles furent témoins de la pieuse joie avec laquelle cette enfant manifestait le désir et même l'espoir d'obtenir sa guérison. Enfin l'Église défend-elle à ces mêmes personnes de croire que cette jeune fille a cessé, dans la grotte de Lourdes, d'être sourde? Comment feraient-elles, pour douter, puisqu'elles l'ont vue donner des preuves manifestes de sa guérison, que tous les jours depuis lors ces preuves se sont renouvelées; que la jeune fille, qui ne distinguait pas d'abord de quel côté venaient les sons, ni

la différence qui existe entre les différents timbres de voix, distingue cela parfaitement aujourd'hui? Elle tourne la tête quand on fait du bruit derrière elle; un son strident et subit lui fait éprouver une commotion; une douce musique la réjouit. Après avoir simplement et avec peine répété les syllabes à mesure qu'on les lui prononçait en les isolant les unes des autres, elle est parvenue à articuler des mots et des phrases et à entretenir passablement une conversation, Comment douter de tout cela, quand on en est témoin tous ics jours ?

D'un autre côté, on sait qu'aucun moyen naturel n'a été employé. D'ailleurs, il n'en existe pas de connu. Donc on peut avoir la certitude d’un miracle avant le jugement de l'Église, Mais, je le répète, c'est une certitude humaine. J'ajouterai que, quand l'Église prononce, elle ne fait que constater cette certitude humaine et lui donner la garantie infaillible de sa prudence et de ses lumières surnaturelles. Sans cela il faudrait dire qu'elle est favorisée d'une révélation toutes les fois qu'elle se prononce en faveur d’un

miracle, et que ce miracle devient article de foi,

Nous avons voulu mettre en avant ces préliminaires, pouf faire comprendre dans quel sens et avee quelle intention nous présentons aux personnes pieuses les guérisons et autres grâces obtenues à la suite de prières adressées à la Mère Marie de l'Incarnation. Nous ne prétendons même pas que tous ces faits sans exception soient certains d'une certitude humaine absolue; mais il en est un bon nombre contre lesquels il serait difficile d'élever des objections sérieuses; et ceux qui offriraient moins de garantie, s'ils étaient considérés isolément, se fortifient par leur nombre, Comment supposer raisonnablement que tant de personnes de tout âge, de toute condition, vivant non seu-

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lement à des centaines de lieues les unes des autres, mais à des époques différentes, ont pu se tromper, comme d'un commun accord, sur des faits sensibles, palpables, sur dés guérisons permanentes? Il ne faut pas oublier que pour deux personnes disposées à croire aux miracles, il yen a dix qui y sont hostiles, et vingt qui éprouvent en ce cas une défiance involontaire. Nous croyons donc que quiconque lira sans parti pris d'incrédulité les faits que nous allons raconter, sera convaincu que tous ont été certifiés avec bonne foi et que le plus grand nombre au moins sont inattaquables. Or il suffirait d'un seul bien constaté pour prouver l'efficacité des prières adressées à la Mère Marie de l’Incarnation, et par conséquent le crédit puissant de cette sainte religieuse auprès de Dieu.

Le premier en date remonte à l’année 1833; mais, selon la remarque que nous avons faite plus haut, les informations n'ont été relliecueis et mises par écrit, avec un soin attentif, qu'en 1867. Ce que nous en disons est extrait du registre du monastère des Ursulines de Québec. Il en est de même pour tous les autres récits qui ne présentent pas d'indication contraire.

Ajoutons qu'on ne peut même pas les regarder comme ayant l'autorité des informations prises canoniquement par autorité archiépiscopale, et soumises en ce moment à l'examen du saint-siège; mais on doit leur attribuer simplement le crédit que méritent des témoins honnêtes, consciencieux, n'ayant aucun intérêt à tromper, et aflirmant des faits visibles et palpables,

En 1833, à l'ouverture du tombeau, M! Margaret-Marie Gowan, alors pensionnaire, maintenant sœur de Charité à Québec sous le nom de sœur Marie du Calvaire, souffrait d'un bras depuis près d'un an et ne pouvait aucunement

s'en servir. Ayant fait une neuvaine en l'honneur de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation, avec application de l'eau, elle se trouva guérie.

Ce fait inspira dès lors une grande confiance dans l'eau que nous venions de recueillir du cercueil avec une religieuse vénération, ajoute l'annaliste du couvent.

Marie-Adèle Brunette, âgée de neuf ans, avait toujours été d'une santé délicate. Le soir du 31 décembre 1853, elle fut soudainement prise d'une vive douleur dans les yeux. Le mal s'accrut au point de priver l'enfant de sommeil. Quelques jours plus tard, on s'aperçut que ses yeux se couvraient d'une taie. Cette taie s'épaissit, perdit toute transparence et couvrit complètement les yeux de l'enfant, qui n'en continuait pas moins à souffrir. Il fallait non seulement la tenir dans une chambre obscure, mais lui couvrir les yeux d'un épais bandeau, qu'elle n'ôtait pas même pour prendre sa nourriture. Elle était dans un si pitoyable état, que son père disait souvent qu'il eût cent fois préféré la voir morte.

Le médecin de l'endroit lui donna des soins assidus pendant près de six mois; mais les remèdes ne firent qu'accroître les souffrances. Il était impossible de faire ouvrir les yeux à la malade, quelque promesse qu'on lui fit et quelque surprise qu'on lui causât. Sur la fin de juillet 1854, une cousine de l'enfant (depuis elle est morte religieuse aux Ursulines de Québec) suggéra à ses parents de demander la guérison de Marie- Adèle par l’intercession de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation. Cette proposition fut si bien acceptée, que les parents et plusieurs familles du voisinage convinrent de se réunir chaque jour, à une heure marquée, chez un oncle de l'enfant, qui était en grande réputation de piété.

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Le premier jour, après avoir couvert les yeux de la malade de manière à les rendre inaccessibles au moindre rayon de lumière, on la conduisit, ou plutôt on la traîna au lieu indiqué, tant elle était faible. Le second jour, elle demanda à marcher seule, ayant soin de se tenir tout près de sa mère. Bientôt elle put supporter le jour suflisamment pour se guider elle-même; elle remarquait divers objets, s'étonnant de leur nouveauté et des plus légers changements opérés dans la maison depuis sept mois, Enfin, le neuvième jour, à la joie de tout le monde, un de ses yeux était parfaitement clair.

Dans l'intervalle, on avait écrit au monastère pour avoir de l’eau du tombeau de la Mère de l'Incarnation. Une seconde neuvaine, avec application de cette eau, compléta la guérison. L'enfant n'éprouvait plus aucune douleur, même en marchant en plein soleil ; ses yeux n'ont plus été malades, sa santé s'est refaite. C’est aujourd’hui une jeune fille d'un fort tempérament, capable des plus rudes travaux. Elle est si bien convaincue d’avoir été guérie par une intervention céleste, qu’elle conserve comme une précieuse relique la petite fiole qui contenait l’eau du tombeau, quoiqu'elle soit vide depuis longtemps.

Ce témoignage a été rendu par la jeune fille elle-même et par sa mère, le 3 juin 1862.

Le témoignage suivant n'a été recueilli qu'en 1868.

En 1855, M": Calliste Dion, de Saint-Pierre-Rivièredu-Sud, de Stanfold, avait au sein une glande dont elle fit d'abord peu de cas. Mais son effroi fut grand quand elle vit cette glande augmenter avec rapidité, et surtout quand elle eut la conviction qu'elle était atteinte d’un cancer. Elle dut se décider à recourir à la médecine. Cependant, comme elle allait commencer une neuvaine à la Mère de

l'Incarnation pour une de ses cousines aveugle depuis plusieurs années, elle résolut d'en faire ensuite une pour elle-même. L'eau miraculeuse n'arriva que vers le milieu de la neuvaine commencée pour la personne aveugle. M®:° Dion, qui s'était chargée de porter elle-même cette eau, partit de grand matin, afin de pouvoir entendre la sainte Messe et communier pour sa cousine. Elle avait eu la dévotion de mettre la fiole sur sa tumeur, qui parfois la faisait étrangement souffrir.

Ma: Dion ne demandait pas encore sa propre guérison, mais sa charité fut récompensée de la manière la plus admirable et la plus inespérée. Au sortir de l'église, elle s'aperçoit que non seulement elle ne souffre plus, mais que la tumeur même a disparu. Depuis, elle n’a ressenti aucune atteinte de ce mal.

En 1860, au faubourg Saint-Jean, Amélie Lefrançois, âgée de treize à quatorze ans, ayant perdu l'usage d'un

œil par suite de la petite vérole, recouvra la vue pendant une neuvaine à notre vénérable Mère de l'Incarnation, avec application de l’eau du tombeau.

En 1860, au pensionnat, M! Virginie Godbout, main: tenant religieuse au Bon - Pasteur sous le nom de Sainte- Dosithée, avait souffert des yeux depuis l'enfance, passant quelquefois la plus grande partie de l’année sans pouvoir supporter le jour. Sentant alors que le mal reprenait avec ténacité, elle substitua aux remèdes l'eau du tombeau, et eut recours à la vénérable Mère de l'Incarnation. A partir de cette époque (elle avait dix-sept ans), elle poursuivit régulièrement ses études ; et encore aujourd'hui (mai 1867), elle attribue à la Mère de l’Incarnation le bon état de sa vue,

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Guérison de Mi Cécile Landry, fille de M. J.-E. Landry, professeur à l’université Laval,

M. le docteur Landry, l'un des membres les plus éminents du corps médical, a rendu le 22 décembre 1862, et a renouvelé en 1867, devant plusieurs personnages ecclésiastiques, un témoignage dont voici la substance.

« En septembre 1859, ma fille fut atteinte de tic douloureux excessivement violent. La douleur, siégeant au côté gauche de la face, revenait par paroxysmes qui duraient tantôt une heure, tantôt deux heures et même plus. Ces paroxysmes étaient fréquents, c'est-à-dire revenaient tous les deux ou trois jours, En novembre , le mal s'aggrava : il y avait quelquefois deux paroxysmes par jour, et d'une violence extrême. Elle fut de nouveau soumise à un traitement médical suivi, et les douleurs cessérent graduellement vers la fin de décembre.

« Elle entra, le 1°" février 1860, au couvent des Ursulines de Québec. Le lendemain, elle eut un retour de son mal, qui dura sans interruption notable jusqu'à la veille de l’Annonciation, 24 mars. Pendant cette dernière période, les accès furent très violents et très fréquents; elle en eut jusqu'à quatre dans la même journée. Le 16 mars, c'est-à-dire neuf jours avant la fête de l'Annonciation, ses bonnes maitresses, les dames Ursulines, eurent la bonne pensée de la recommander dans une neuvaine qu'elles lui conseillérent et à laquelle elles eurent la charité de s'associer, ainsi que plusieurs des pensionnaires confiées à leurs soins, à la vénérable Mère Marie de l'Incarnation. Pendant toute la durée de cette neuvaine, les accès furent quotidiens et très violents, à l'exception de l’avant-dernier jour de la neuvaine, où l'accès fut léger comparativement aux autres, et ce fut le dernier. À partir de ce moment ma fille fut guérie. Elle n'a jamais ressenti depuis aucune atteinte du mal qui, durant six mois et plus, en avait fait une martyre,

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« Je ne puis attribuer à autre chose qu'à la miséricordieuse et puissante intercession de la vénérée Mère Marie de l'Incarnation auprès de Dieu une guérison qui dure depuis huit ans. »

Ce fait, de nature à exciter chez les bonnes religieuses une grande reconnaissance envers la vénérée Mère Marie de l'Incarnation, a laissé dans l'âme de M'i: Cécile Landry une impression qui ne s’effacera jamais. Elle aime le nom de la Mère Marie de l'Incarnation; c’est par elle qu'elle prie Jésus et Maric, ainsi que le font également son père reconnaissant et sa tendre mère. Dès ses jeunes années,

le docteur Landry, lisant la Vie de la Mère de l’Incarnation par le Père Charlevoix, avait appris à connaître cette grande servante de Dieu.

Témoignage abrégé du même docteur Landry, rendu en 1862 relativement à la guérison de la révérende Mère Sainte-Angèle, Ursuline.

« Lorsqu'en 1859 je fus chargé de donner des soins médicaux à la communauté des Ursulines de Québec, une des premières religieuses qui se présentèrent à l'infirmerie fut la révérende Mère Sainte- Angèle. Cette dame portait les traces d’un mal qui devait l’affecter depuis longtemps. Elle était d'une pâleur et d'une faiblesse extrêmes. Le moindre exercice élait pour elle une fatigue; son appétit élait très mauvais, sa digestion difficile, ses intestins habituellement constipés. Elle me déclara avoir de fréquentes hémorragies intestinales.

« Les toniques ferrugineux, la quinine, le vin, furent employés libéralement. Sa santé, pendant un temps, sembla s'améliorer; l'anémie diminua un peu, de même que les hémorragies, sans cependant disparaître tout à fait.

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« Depuis cette époque, j: n'ai plus vu mon ancienne patiente, si ce n’est dernièrement (novembre 1862), qu'à ma demande elle s'est présentée. Je désirais constater son état actuel, avant d'écrire la relation des faits qui se sont passés à ma connaissance. J'ai trouvé chez la révérende Mère Sainte-Angèle une apparence de santé que je ne lui ai jamais vue auparavant. Eile porte encore, il est vrai, quelques traces de son ancien état ; elle est encore un peu pâle; les hémorragies intestinales, si fréquentes autrefois, n'ont pas complètement cessé; mais elles ne paraissaient plus qu'à de très rares intervalles. Son appétit, m'a-t-elle dit, est bon et s’accommode à la nourriture de la communauté. Elle vaque à tous les devoirs de sa charge, et tous ses mouvements, au lieu d'être lents et mesurés comme autrelois, s'exécutent avec une prestesse qu'on ne remarque ordinairement que chez les personnes jeunes et bien portantes.

« L'amélioration dans l'état de la révérende Mère Sainte- Angèle a été trop prompte et trop considérable, sa guérison a duré trop longtemps maintenant pour que je puisse l’attribuer au traitement que je lui ai fait subir. »

La guérison, ainsi constatée avec autorité et une sage réserve par le docteur, est expliquée de la manière sui-

vante par la révérende Mère Sainte-Anne, assistante de la communauté des Ursulines, et personue d'une grande expérience dans le soin des malades :

« Le mauvais état de santé de la Mère Sainte - Angèle datait de vingt-quatre ans; mais de 1848 à 1862 il n'avait guëre cessé d’empirer. En conséquence, plus de récitation publique de l'Office divin, ni de jeûnes ni d'abstinences; état habituel de souffrance ou de débilité qui l'empêchait d’être à aucune observance, C'est ce qui avait engagé l'aumônier du monastère, au mois d'août 1862, à choisir la Mère Sainte - Angèle comme une malade dont la guérison devait être une grande gloire pour la Mère de l’Incarnation. Aussi la neuvaine se fit publiquement; toutes les élèves y prirent part, vu surtout qu'il s'agissait de leur maîtresse générale, qui n'avait pas paru au milieu d’eiles depuis trois mois. La proposition, quoique faite var M. l’'aumônier, étonna tout le monde; les élèves surtout furent extrêmement surprises. « La maîtresse géné- « rale! dirent-elles; autant vaudrait demander la résur- « rection d'un mort. Elle n’a plus une goutte de sang dans « les veines. Et puis il faudrait la rajeunir! »

« Pour les décider à prier à cette intention, il fallut leur rappeler la toute-puissance de Dieu, à qui il n’en coûterait pas plus pour réparer son œuvre que pour la créer; que le miracle n'en serait que plus manifeste, Malgré cela, bien des esprits restérent incrédules ; on priait, mais plusieurs espéraient peu.

« Une neuvaine solennelle avait été commencée le 22 avril. Nous disions chaque jour, à l'issue de la sainte Messe, la prière à l'honneur du Cœur de Jésus composée par la vénérable Mère, trois Pater, trois Ave, trois Gloria Patri et trois invocations à la vénérable Mère Marie de l’Incarnation. Nous lisions aussi des extraits de sa vie, arrangés en neuvaine par une de nos sœurs, Les révérends Pères Jésuites eurent la charité d’unir leurs priéres aux

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nôtres, et notre digne aumônier offrit plusieurs fois à la même intention le saint sacrifice. Enfin, le neuvième jour, 30 avril, jour anniversaire de la mort de notre vénérable Mère, nous exposâmes son tableau dans la chapelle intérieure, mais avec des sentiments tout particuliers de confiance et de foi. Monsieur notre aumônier nous adressa des paroles pleines d’onction et de piété, et toutes nous communiâmes pour obtenir la grâce demandée. Notre chère malade avait communié, dès cinq heures, dans son lit. Après la messe, la Mère supérieure va la voir, et, ne pouvant croire qu’elle ne fût pas guérie, elle lui dit de se lever. Aidée d’une sœur, la malade se mit en devoir d'obéir et essaya de marcher; mais elle ne put se soutenir, et il fallut la faire recoucher aussitôt. « Vous voyez bien, « ma Mère, dit-elle, que le bon Dieu me veut dans l'état « où je suis. J'avais un grand désir de faire glorifier notre « vénérable Mère; mais la volonté de Dieu soit faite! Ne « parlons plus de ma guérison. — Ce n’est pas ainsi que « je l’entends, reprit notre Mère supérieure, comme mue « par une inspiration divine; vous allez, dès demain, « commencer une autre neuvaine; vous demanderez à « notre vénérable Mère de vous obtenir au moins ce qu'il « vous faut pour remplir votre emploi, et, à la fin de « cette neuvaine, vous viendrez communier au chœur « à la messe. »

« La malade obéit en toute simplicité, et commença le lendemain, 1°" mai, cette seconde neuvaine, que la communauté et le pensionnat firent aussi, Dès le premier jour, la Mère Sainte-Angèle éprouva un mieux si sensible, qu’elle reprit la récitation de son Office, L'appétit et le sommeil lui revinrent, et elle recouvra tellement ses forces, que le septième jour elle se rendait au confessionnal, et le neuvième elle descendait au chœur et y

communiait à la messe, selon l'ordre qu'elle en avait reçu,

« La Mère Sainte-Angèle avait demandé de pouvoir remplir son emploi ; elle l'avait pleinement obtenu, et, sans songer à demander davantage, elle commença une neuvaine d'action de grâces, se rendant chaque jour en pèlerinage au tombeau de notre vénérable Mère.

« Admirable effet de la générosité de Dieu! A dater de ce vendredi 9 mai, non seulement elle se trouve délivrée de toutes ses infirmités, mais elle sent une telle vigueur dans tous ses membres, que, pendant cette neuvaine d'action de grâces, elle fait les trois abstinences de règle, prend les observances, lit au réfecloire, se lève à quatre heures, et enfin, le dimanche, chante les vêpres comme officiante, avec une force dont peu de jeunes sœurs eussent été capables. Les élèves, surprises et émues, entonnent et chantent le Magnificat avec un entrain qui témoignait de la disposition de leurs cœurs. Plusieurs même pleuraient à la vue d’une faveur aussi remarquable.

« Quant à notre chère Mère ressuscitée, comme les élèves l'appellent, elle sort du chœur sans éprouver aucune fatigue, et le temps qui s'est écoulé depuis n'a servi qu'à mieux démontrer la réalité du prodige. Elle s'accommode en tout de la nourriture commune; elle fait tous les jeûnes et les abstinences de la règle; elle a observé le carême dernier avec plus de facilité que lorsqu'elle était jeune avant de tomber malade. Le changement de température ne l’affecte pas. Peu après sa guérison, elle suivit au dehors, avant six heures du matin, par un temps froid et humide, la procession des Rogations el n'en éprouva que du bien-être. Elle récita sans difficulté le grand office de l’Ascension, et deux jours après celui de sainte Angèle !, suivant tous les exercices de cette der-

1 Les Ursulines de la Congrégation de Paris récitent à ces fêtes, et à un certain nombre d'autres pendant l'année, le grand office ou Bréviaire romain,

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nière fête depuis quatre heures et demie du matin jusqu'à dix heures, restant debout ou à genoux aussi facilement que les mieux portantes. En un mot, depuis plus de deux ans, elle n’a pas manqué au plus petit exercice, depuis quatre heures du matin jusqu'à neuf heures du soir. Sa guérison est si constante et si réelle, qu'elle lui semble avoir rêvé qu'elle était malade. « Je suis plus que guérie, « disait-elle un jour; je ne me comprends plus. Les exer- « cices qui me fatiguaient lorsque j'étais jeune religieuse « et en santé ne me fatiguent nullement; quand ils sont

« finis, je suis prête à les recommencer. C'est une vraie.

« résurrection; je suis dans un autre corps. »

Mn: Joseph Létourneau, de Saint-Roch de Québec, a attesté ce qui suit :

Dans l'été de 1862, elle fut attaquée d'une complication de maux dont le principal était une inflammation d'intestins. Vers le milieu de juillet, le médecin, la quittant le soir, dit à son mari de le faire prévenir si elle était encore en vie le lendemain matin. On était si persuadé qu'elle ne passerait pas la nuit, que ses connaissances du voisinage s'étaient réunies pour l'assister à ses derniers moments. Une d'entre elles, s'étant procuré de l’eau du tombeau de la Mère de l'Incarnation , lui demanda en arrivant si elle y avait confiance. « Mon Dieu! s’écria-t-elle, serais-je assez heureuse que d'avoir de cette eau sainte! Oh! oui, j'y ai confiance; je suis sûre que cette sainte Mère me guérira.. Et je me mis à pleurer, dit-elle, sans m'expliquer pourquoi je sentais dans mon cœur quelque chose qui me disait que j'allais revenir à la vie. »

Elle prit de l’eau et se sentit mieux toute cette nuit. Le lendemain, le médecin la trouva hors de danger. Pendant

toute la convalescence, elle voulut avoir sous les yeux ;

l'image de la Mère de l'Incarnalion, convaincue, ainsi que sa famille, qu'elle doit à l'intercession de cette vénérable Mère son retour à la santé.

M": Adolphe Lachance, née Soulanges Baillargeon, de Saint-Roch de Québec, souffrait depuis deux ans d'un mal de côtt qui ne lui laissait presque pas de repos. 1 nfit était complètement perdu, elle n'avait plus {ju .mmeil pénible et interrompu. Le bras gauche lui seriblu:l pufois comme paralysé. Voyant que les remèdes ne la soulageaient en rien, elle y avait renoncé, quand elle enter it varler fe l'eau miraculeuse. Elle en demanda et commença une :euviine. Ses prières furent si bien exaucées, que jamais depuis elle ne s'est aperçue du mal opiniâtre dont elle avait souffert pendant deux ans, et dont les accès revenaient si fréquemment, que le dernier hiver elle n'avait pu aller que trois fois à la messe.

La vigueur et l’'embonpoint lui reviennent, et elle est restée tellement frappée de la faveur qu'elle a reçue, que depuis cinq ans son plus grand bonheur est de répandre la dévotion à notre vénérée Mère de l'Incarnation. « Cette chère Mère est toujours présente à mon esprit, dit-elle; si je m'éveille la nuit, si j'entreprends quelque chose ou suis en quelque difficulté, je l'invoque aussi naturellement que je respire. »

Ce témoignage a été rendu par ladite dame, à la grille du parloir, le 10 février 1867.

M": Joseph Bélanger, née Luce Baillargeun, de Saint- Roch de Québec, a donné les détails suivants sur une faveur qu'elle a obtenue,

Son enfant, âgé d'environ treize mois, avait depuis quinze jours la partic supérieure du visage couverte

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d'une gale épaisse qui lui fermait complètement les yeux, et à travers laquelle suppurait difficilement une matière épaisse. Le médecin ne voulut rien appliquer à ce mal, disant qu'il serait dangereux de le guérir. La mère, voyant qu'il gagnait la bouche et les oreilles, s'alarma, Sa sœur, Mn: Lachance, qui avait obtenu une faveur signalée de la vénérable Mère, la pressa de se servir avec foi de l'eau miraculeuse, dont elle avait encore quelques gouttes, lui affirmant que l'enfant guérirait comme elle avait été guérie elle-même. L'eau fut appliquée légèrement et avec parcimonie, au moyen d’une plume, sur les parties malades, et, à la joie générale, le caractère du mal parut changer aussitôt. A la troisième ou quatrième application, tout avait disparu comme par enchantement, dit la mère. Cette guérison a été obtenue en 1862. La petite fille a maintenant six ans; elle n'a jamais éprouvé aucune conséquence fâcheuse de cette cure subite, ni retour de cette humeur extraordinaire.

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