‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 25 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE V

« l'eau, où il faut toujours aller à genoux; moi, « j'irai pour convertir mes gens, et je ferai ce « voyage, que le Père ne saurait faire sans mourir. » Je le louai de son dessein, et lui donnai mon crucifix qu'il baisa et caressa avec une très grande dévotion ; puis il sortit aussitôt pour aller trouver sa compagnie, qui était venue ici pour se faire instruire et baptiser. Ce sauvage, devenu apôtre, a enseigné tous ceux de sa nation, en sorte qu'ils sont capables d’être mis au nombre des enfants de Dieu. Le Père de Quen, qui l'avait attendu à Tadoussac, n'ayant pu passer outre, fut ravi du zèle apostolique de ce bon sauvage, et de voir un si heureux succès de sa prédication, de sorte qu’en peu de temps il en baptisa un grand nombre, réservant à une autre occasion les autres qui ne sont pas sédentaires, pour ne point hasarder le saint baptême, qu'après les avoir bien éprouvés.

« Le bon Victor, qui est un de nos meilleurs chrétiens, ayant peu de mémoire, oublie facilement ses prières. Il n’en n'est pas de même de son intérieur, car il est dans une attention continuelle à Dieu et dans un entretien familier et très intime avec sa divine Majesté ; mais il croit ne rien faire s’il ne fait comme les autres chrétiens. IL vient donc à la grille, et à la première de nous qu'il rencontre il dit: « Hélas! je n’ai point d'esprit, fais-moi prier « Dieu. » Il a la patience de se faire répéter dix ou douze fois une prière, et, la croyant bien savoir, il s’en retourne à sa cabane, où il n’est pas plus tôt

arrivé, qu'il l’oublie. Il revient à mains jointes ; il confesse, comme un enfant, qu’il n’a point d'esprit, et prie qu’on recommence à l'instruire, Combien pensez-vous que cette ferveur est agréable à des personnes qui désirent la gloire de Dieu et le salut des âmes? Le bon Charles, dont j'ai parlé ci-dessus, s'accorde très bien avec celui-ci ; car, quand il le visite, il lui dit : « Prions Dieu, mon frère. » Ils se mettent à genoux, et récitent le chapelet trois ou quatre fois, sans se lever. Je n'avais dessein que de vous parler de nos séminaristes ; comme ceux-ci sont passagers, et la plupart du temps à notre grille, il ne m'est pas facile de m'empêcher de parler de leur ferveur, la charité me liant à nos néophytes d’une étrange manière.

« Nous avons eu trois grandes séminaristes qui ont été cet hiver à la chasse avec leurs parents, pour leur aider dans le ménage et à appréter leur pelleterie. Elles s'appellent Anne-Marie Uthirdchich, Agnès Chabvekche, Louise Aretevir ; elles eurent bien de la peine à se résoudre à ce voyage, parce qu’elles devaient être privées trois mois de la sainte messe et de l'usage des sacrements ; mais, leurs parents étant de nos principaux chrétiens, on ne put les refuser. Nous les garnimes autant que la pauvreté du Canada nous le put permettre ; après quoi elles nous quittèrent avec bien des larmes. Leur principal office était de régler les prières et les exercices du chrétien, ce qui passe pour un grand honneur parmi les sauvages. L'une réglait les prières et les faisait

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