TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE V
ses compatriotes, ravi de sa piété, voulut la soumettre à une petite épreuve. Il était sur le point d’être baptisé, et la jeune Thérèse en ressentait une grande joie. Or, étant venu un jour la demander au parloir des Ursulines, il feignit devant elle d’avoir perdu la foi, lui disant qu'il avait peine à croire tout ce qu'on lui enseignait, et qu'il ne pensait plus à son baptême. A ces paroles notre petite Thérèse est toute en feu.
« Que penses-tu faire, misérable, lui dit-elle dans « une sainte colère ? Qui est-ce qui a troublé tes « pensées? Veux-tu donc aller dans l'enfer avec les « démons? Tu mourras peut-être cette nuit, et tu te « trouveras avec eux avant le jour! Ah! le diable « t'a renversé la tête. »
Voyant qu’il continuait ainsi à se déclarer infidèle, Thérèse éclate en sanglots et l’accable de reproches. Enfin, croyant qu'il n'y avait plus rien à espérer pour lui, elle le quitte et va, tout éplorée, trouver la Mère de l’Incarnation et la Mère Marie de Saint- Joseph.
« Il est perdu, dit-elle, et je suis triste, car il ne È
veut plus croire en Dieu ; le diable l’a trompé, et il dit qu'il ne se soucie plus d’aller au ciel ! » Puis, rehaussant sa voix et gesticulant avec menace : | « Ah! si j’eusse pu rompre la grille, je l’aureis bien battu. »
Les Mères étonnées se rendirent au parloir, et là, ayant découvert la plaisanterie, elles voulurent la consoler ; mais elles ne pouvaient y parvenir, et
A NT EP UE ie, gt at Dit DL LE
il fallut que le R. P. de Brébeuf l’assurât que tout cela n'était qu'un jeu de la part de son compatriote!.
Voici un autre trait de cette aimable enfant qui nous est raconté par notre vénérée Mère : « Nous fimes nos exercices spirituels après la fête de Pâques. Quand nous les eûmes finis, notre Thérèse eut aussi le désir de les faire. Elle se retira sur petite hauteur qui borne notre clôture, et en partant elle dit à une de ses compagnes : « Je m’en vais me cacher comme « les filles vierges, et là je prierai Dieu pour tous « les sauvages et les Français et pour vous toutes, € afin qu'il vous fasse miséricorde ; et pendant tout « ce temps je ne parlerai à aucune créature, mais « seulement à Dieu. » Sa compagne, bien étonnée et en même temps bien édifiée de cette résolution, vint en donner avis à toutes ses autres compagnes, qui allèrent aussitôt trouver notre petite recluse et lui dirent qu’elles voulaient être de la partie. Elles la ramenèrent et se construisirent chacune une espèce de petite cellule, où elles se renfermèrent et gardèrent un silence très exact. Elles firent des prières et des oraisons continuelles durant tout le temps de leur retraite, ce qui fut pour nous une cause de grande consolation ; car c’est une chose très rare que des filles sauvages, habituées à une entière liberté, se captivent de la sorte et gardent une solitude volontaire. Cependant elles passèrent tout ce temps dans
1 Les Ursulines de Québec, t. Ier, p, 47.